Le passage à l'électrique est une évidence écologique. Mais pour un artisan ou un gestionnaire de flotte, c'est d'abord une équation financière. L'Avere-France, association nationale pour le développement de la mobilité électrique, vient de mettre sur la table une série de propositions fiscales concrètes pour que les utilitaires électriques cessent d'être un luxe réservé aux grandes entreprises. Le moment est bien choisi : les ZFE-m se multiplient et les échéances réglementaires se rapprochent à toute vitesse.
Un diagnostic sans détour : le diesel reste trop avantageux fiscalement
Malgré les progrès technologiques et la baisse progressive des prix des batteries, un utilitaire électrique affiche encore un prix d'achat sensiblement plus élevé qu'un équivalent diesel. L'Avere-France, en partenariat avec le cabinet Carbone 4, pointe un déséquilibre structurel : les règles fiscales actuelles n'ont pas suffisamment évolué pour refléter les nouveaux enjeux environnementaux et économiques. Résultat, pour beaucoup de PME et d'indépendants, le calcul penche encore trop souvent en faveur du thermique à l'achat.
Parmi les leviers identifiés figurent la révision du malus automobile — dont les seuils pénalisent parfois indirectement les professionnels — et un assouplissement des règles d'amortissement pour accélérer le retour sur investissement des véhicules propres. L'objectif : que la fiscalité accompagne réellement la transition, au lieu de la freiner par inertie.
France : ce que ça change pour les pros
En France, le cadre d'aides existant est déjà l'un des plus étoffés d'Europe, mais il reste insuffisamment lisible et parfois mal calibré pour les professionnels. Voici ce dont disposent aujourd'hui les entreprises :
- Bonus écologique jusqu'à 9 000 € pour les entreprises (sous conditions), contre 7 000 € pour les particuliers — un avantage réel, mais plafonné.
- Suramortissement de 40 % sur les véhicules propres, calculé sur une base plafonnée à 30 000 € : utile, mais les associations professionnelles estiment que ce plafond mériterait d'être réévalué pour coller aux prix du marché actuel.
- Taxe annuelle sur les émissions CO₂ (ex-TVS) : les véhicules émettant moins de 20 g/km bénéficient d'un avantage fiscal fort, ce qui rend l'utilitaire électrique nettement moins coûteux à détenir sur le plan fiscal annuel.
- CEE (Certificats d'Économie d'Énergie) : ils permettent de financer une partie des bornes de recharge installées sur site professionnel, réduisant le coût d'infrastructure souvent négligé dans les calculs de TCO.
- ZFE-m dans 43 agglomérations : Paris, Lyon, Marseille et d'autres grandes villes excluent progressivement les véhicules Crit'Air 3. Pour un artisan travaillant en zone urbaine, rouler en diesel ne sera bientôt plus une option viable — la question n'est plus "si" mais "quand".
Si les mesures proposées par l'Avere-France aboutissent — notamment sur l'amortissement —, elles pourraient réduire significativement le différentiel de TCO entre électrique et diesel sur 4 à 5 ans, selon les estimations sectorielles.
TCO : où en est-on vraiment sur le terrain ?
Le coût total de possession (TCO) est le vrai terrain de jeu de la décision d'achat professionnelle. Sur ce plan, le véhicule électrique présente déjà des arguments solides : coût d'énergie à la recharge inférieur au carburant, entretien allégé (pas de vidange, moins de pièces d'usure), et fiscalité annuelle réduite. À ces éléments s'ajoute la valorisation croissante des véhicules propres sur le marché de l'occasion, qui commence à peser positivement dans les calculs de valeur résiduelle.
Le vrai point de friction reste le coût d'acquisition initial. C'est précisément là qu'une révision des règles d'amortissement, telle que proposée par l'Avere-France, aurait le plus d'impact : elle permettrait aux entreprises de récupérer plus rapidement leur investissement via la déduction fiscale, rendant le passage à l'électrique moins risqué sur le plan de la trésorerie.
Ce que vous devez faire maintenant
En attendant l'éventuelle traduction législative de ces propositions, les professionnels ont tout intérêt à agir sans attendre. Premièrement, calculer votre TCO personnalisé en intégrant le bonus, le suramortissement et les économies d'entretien — les résultats surprennent souvent. Deuxièmement, anticiper les ZFE-m : si votre activité couvre des zones urbaines, chaque année de retard se paie en contraintes futures. Troisièmement, consulter un expert-comptable ou un conseiller en mobilité pour optimiser le montage fiscal (LLD, achat en propre, crédit-bail) selon votre structure juridique et votre volume de flotte.
La fiscalité va dans le bon sens. À vous de ne pas attendre qu'elle soit parfaite pour commencer à en tirer parti.
D'après Automobile Propre