Le logisticien GLS Canada vient de franchir une étape concrète dans l'électrification de ses opérations : quatre camions terminaux électriques sont désormais en service sur trois sites nord-américains majeurs. Au-delà de l'Atlantique, ce déploiement livre des enseignements précieux pour les gestionnaires de flottes français qui cherchent à décarboner leurs cours de triage et entrepôts, tout en maîtrisant leurs coûts.
Un déploiement chiffré, pas une promesse
GLS Canada a intégré quatre camions terminaux de type Orange EV HUSK-e dans ses plateformes de Montréal, Toronto et Winnipeg. Ces engins lourds — capables de tracter jusqu'à 180 000 livres de poids brut combiné (environ 81 tonnes) — embarquent une batterie de 243 kWh, dimensionnée pour absorber les cycles intensifs des cours de transbordement.
Le fabricant annonce une élimination de 80 à 90 tonnes de CO₂ par camion et par an, soit un potentiel de près de 360 tonnes évitées pour les quatre unités déployées. En matière de coûts, le HUSK-e peut générer jusqu'à 120 000 dollars canadiens d'économies annuelles (environ 80 000 €) en carburant et entretien, dans des configurations à deux postes de travail. Ce chiffre n'est pas une projection théorique : la technologie Orange EV totalise déjà plus de 50 millions de kilomètres et 12 millions d'heures de fonctionnement en Amérique du Nord, avec un taux de disponibilité remarquable de 97 à 99 %.
GLS Canada s'appuie par ailleurs sur un réseau de 60 points de recharge — bornes de niveau 2 et recharge rapide DC — pour alimenter ses 42 véhicules électriques ou à faibles émissions en service au Canada. L'infrastructure, pensée dès le départ comme un actif stratégique, est un point rarement négligé dans les déploiements réussis.
TCO : ce que les chiffres canadiens disent aux acheteurs français
Transposer ces données au contexte français demande quelques ajustements, mais la logique économique tient la route. Un camion terminal électrique de cette gamme se négocie généralement entre 150 000 et 250 000 € selon les équipements, contre un tracteur thermique de cour qui oscille autour de 80 000 à 100 000 €. L'écart d'acquisition est réel — mais les leviers français permettent de le réduire significativement :
- Suramortissement de 40 % sur les véhicules propres en entreprise (base plafonnée à 30 000 €), applicable dès l'achat.
- Bonus écologique entreprise jusqu'à 9 000 € sous conditions, cumulable avec d'autres dispositifs.
- CEE (Certificats d'Économie d'Énergie) : des fournisseurs d'énergie financent tout ou partie de l'installation des bornes de recharge sur site industriel — un poste qui peut peser 20 000 à 60 000 € selon la puissance installée.
- Exonération quasi-totale de la taxe annuelle sur les émissions CO₂ (ex-TVS) pour les véhicules émettant moins de 20 g/km : un avantage récurrent, année après année.
Côté exploitation, le différentiel énergétique entre gazole et électricité demeure favorable à l'électrique pour des usages en site captif, où la recharge nocturne en heures creuses peut être optimisée via des contrats tarifaires adaptés.
France : ce que ça change pour vos opérations
Les camions terminaux — aussi appelés tracteurs de cour ou « mules » — opèrent exclusivement en zone privée ou sur des voiries internes de plateforme logistique. Ils ne sont donc pas directement soumis aux restrictions de circulation des ZFE-m (Zones à Faibles Émissions mobilité) qui ciblent la voirie publique. Mais la pression réglementaire arrive par un autre canal : 43 agglomérations françaises imposent déjà ou préparent des contraintes Crit'Air sur leurs zones industrielles périphériques, et les grands donneurs d'ordre — grande distribution, e-commerce — intègrent de plus en plus le bilan carbone des prestataires logistiques dans leurs appels d'offres.
L'exemple de Coca-Cola Canada Bottling, qui a adopté un camion terminal électrique en complément de six camions de livraison classe 8 électriques à Montréal, illustre une tendance de fond : l'électrification ne se limite plus aux poids lourds de route, elle descend jusqu'aux équipements de manutention lourde. En France, les prestataires logistiques certifiés ISO 14001 ou engagés dans des démarches Fret21 ont tout intérêt à documenter ces investissements pour valoriser leur score carbone.
Conclusion : passer à l'action sans attendre
Le retour d'expérience de GLS Canada n'est pas qu'une vitrine nord-américaine : c'est un argumentaire TCO solide, étayé par des millions de kilomètres réels. Pour un gestionnaire de flotte français exploitant une plateforme de tri ou un entrepôt de grande taille, l'audit de ses engins de cour thermiques est la première étape. Calculez votre consommation de gazole annuelle sur ces postes, intégrez les aides disponibles, et demandez des simulations TCO sur 5 ans à plusieurs constructeurs. Les économies potentielles — et les gains réputationnels auprès de vos clients — pourraient vous surprendre.
D'après Electric Autonomy CA