La Commission européenne prépare une réforme fiscale majeure : mettre fin progressivement aux allègements d'impôt accordés aux voitures de société thermiques pour les redéployer exclusivement en faveur des véhicules électriques fabriqués en Europe. Si la Suisse n'est pas membre de l'UE, les répercussions sur les marchés, les prix et les comportements d'achat pourraient être significatives pour les PME, artisans et gestionnaires de flottes helvétiques.
Ce que Bruxelles prépare — et pourquoi c'est structurant
Aujourd'hui, dans de nombreux États membres, les véhicules de société thermiques bénéficient d'avantages fiscaux substantiels : déductibilité partielle ou totale, TVA récupérable, imposition avantageuse de l'avantage en nature. La Commission européenne envisage de supprimer progressivement ces dispositifs pour les moteurs à combustion, et de les réorienter vers les seuls véhicules électriques — et de production européenne de surcroît.
Cette double condition — électrique et européen — est la partie la plus clivante du projet. Elle suscite une opposition marquée de la part des constructeurs, notamment ceux dont les chaînes d'approvisionnement s'étendent hors d'Europe. Pour les entreprises suisses qui s'approvisionnent massivement sur le marché européen, ce rééquilibrage pourrait modifier l'offre disponible et les conditions tarifaires dans les mois à venir.
Suisse : ce que ça change pour votre flotte
La Suisse ne transpose pas directement les directives fiscales européennes. Mais elle n'évolue pas en vase clos pour autant. Plusieurs dynamiques locales renforcent précisément le signal envoyé par Bruxelles :
- Des bonus cantonaux concrets : Vaud et Genève offrent chacun jusqu'à 3 000 CHF à l'achat d'un véhicule électrique, Berne jusqu'à 2 000 CHF. Ces aides s'ajoutent aux éventuelles conditions négociées en flotte.
- Une fiscalité cantonale favorable : de nombreux cantons appliquent une exonération totale ou une réduction significative de l'impôt annuel sur les véhicules électriques — un avantage récurrent qui allège le TCO sur la durée de détention.
- Des objectifs CO₂ fédéraux contraignants : la Confédération impose aux importateurs des cibles d'émissions moyennes sur leurs ventes. Concrètement, cela pousse les concessionnaires à proposer des conditions plus attractives sur les véhicules électriques pour équilibrer leur portefeuille.
- Le CHF fort, un avantage structurel : avec un euro durablement sous pression face au franc suisse, les véhicules importés de la zone euro restent compétitifs à l'achat — et le seront d'autant plus si les incitations européennes renchérissent indirectement les thermiques.
- Une infrastructure en place : SwissCharge, EVPASS et les réseaux cantonaux couvrent désormais les grands axes et les agglomérations. La contrainte de recharge, souvent citée par les gestionnaires de flottes, recule année après année.
La Suisse vise par ailleurs 50 % de nouvelles immatriculations électriques d'ici 2030. Les entreprises qui anticipent cette transition bénéficieront d'un avantage concurrentiel réel, tant sur le plan fiscal que sur celui de l'image employeur.
TCO : le thermique reste-t-il encore compétitif ?
La question du coût total de possession (TCO) est centrale pour tout gestionnaire de flotte sérieux. Sans inventer de chiffres, voici ce que les tendances actuelles permettent d'affirmer :
- L'écart de prix à l'achat entre un véhicule thermique et son équivalent électrique se resserre, notamment sur les segments compacts et SUV familiaux les plus répandus en flotte.
- L'énergie électrique, même en tenant compte des tarifs suisses, reste selon les estimations deux à trois fois moins coûteuse au kilomètre que l'essence ou le diesel.
- Les coûts d'entretien d'un véhicule électrique sont structurellement inférieurs : pas de vidange, moins de pièces d'usure, révisions allégées.
- Si Bruxelles concrétise sa réforme, le différentiel de fiscalité sur les thermiques en Europe pèsera sur leur valeur résiduelle — ce qui affectera également le marché de l'occasion suisse à moyen terme.
Pour une PME suisse qui renouvelle sa flotte tous les trois à cinq ans, intégrer ces paramètres dès aujourd'hui dans le calcul d'acquisition n'est plus optionnel : c'est une décision stratégique.
Ce que vous devriez faire dès maintenant
Face à ce double signal — européen et helvétique —, les entreprises suisses ont intérêt à agir de manière proactive :
- Auditez votre flotte actuelle : identifiez les véhicules en fin de cycle et anticipez leur remplacement avant que les conditions de marché évoluent défavorablement.
- Interrogez votre canton : les bonus et exonérations varient significativement selon votre lieu d'imposition. Un courtier en flotte ou un conseiller fiscal peut vous aider à maximiser les aides disponibles.
- Négociez en volume : les concessionnaires soumis aux objectifs CO₂ fédéraux sont souvent prêts à offrir des conditions préférentielles sur les véhicules électriques pour atteindre leurs quotas.
- Planifiez l'infrastructure de recharge : une borne installée sur site est déductible des charges et réduit la dépendance au réseau public.
D'après Electrive EN