Le leasing de véhicules électriques n'est plus un pari d'avant-garde : c'est désormais un levier de compétitivité pour les flottes professionnelles. Mais derrière les promesses d'économies se cachent des paramètres complexes — valeurs résiduelles, cycles de renouvellement, marché de la revente — que tout gestionnaire de parc suisse doit maîtriser pour ne pas laisser de valeur sur la table.
Un cycle court qui alimente un marché de l'occasion en pleine construction
En leasing professionnel, les véhicules restent en flotte pendant deux à trois ans avant d'être remis sur le marché de l'occasion. Ce cycle court, propre au monde de l'entreprise, a une conséquence directe : il génère un flux croissant de véhicules électriques d'occasion relativement récents, bien entretenus et dotés de batteries encore largement fonctionnelles.
Max Nastold, directeur général de KazenMaier Leasing, illustre concrètement ce mouvement. Son entreprise a converti dès 2017 un tiers de la flotte de l'archidiocèse de Freiburg à l'électrique — une initiative pionnière qui démontrait, bien avant que le sujet ne devienne mainstream, que la transition était opérationnellement viable pour des organisations de grande taille. Nastold lui-même a parcouru environ 9 500 kilomètres en 56 jours avec son véhicule électrique personnel, preuve que l'usage intensif au quotidien est parfaitement compatible avec la mobilité électrique.
Pour les leaseurs et leurs clients professionnels, l'enjeu des valeurs résiduelles reste toutefois central : une valeur résiduelle mal calibrée peut transformer une économie apparente en surcoût réel au moment de la restitution du véhicule. La stabilisation progressive des prix sur le marché de l'occasion électrique est donc une bonne nouvelle pour l'ensemble de la filière.
Le TCO électrique en flotte : des économies chiffrées
L'argument économique pour électrifier une flotte professionnelle est de plus en plus solide. Selon les estimations issues de l'expérience terrain, les économies sur les coûts variables — carburant, entretien, consommables — atteignent environ 3 000 euros par an pour un véhicule utilisé à hauteur de 40 000 kilomètres annuels. Un rythme d'utilisation tout à fait courant pour un commercial, un technicien itinérant ou un véhicule de pool.
En convertissant en francs suisses et en tenant compte du franc fort — qui rend les véhicules importés de la zone euro structurellement compétitifs à l'achat — cette économie représente un argument TCO difficile à ignorer sur la durée d'un contrat de leasing de 36 mois. À cela s'ajoutent des coûts d'entretien réduits (pas de vidange, moins de pièces d'usure) et une fiscalité favorable dans de nombreux cantons suisses.
Suisse : ce que ça change pour les gestionnaires de flottes
Le contexte suisse offre des leviers supplémentaires que les gestionnaires de parcs auraient tort de négliger :
- Bonus cantonaux directs : Vaud et Genève accordent chacun 3 000 CHF par véhicule électrique, Berne 2 000 CHF. Ces aides sont cumulables avec d'éventuelles négociations tarifaires avec le leaseur.
- Exonération ou réduction de l'impôt sur les véhicules : dans de nombreux cantons, les véhicules électriques bénéficient d'une fiscalité allégée, réduisant encore le coût annuel de détention.
- Objectif fédéral CO₂ : la Suisse maintient une pression forte sur les importateurs via ses objectifs d'émissions, ce qui pousse à une offre toujours plus large et compétitive de modèles électriques — bonne nouvelle pour la négociation des contrats de flotte.
- Infrastructure de recharge : les réseaux SwissCharge, EVPASS et les solutions de recharge privée en entreprise permettent aujourd'hui une intégration fluide dans les process opérationnels, même pour des flottes de taille moyenne.
- Cap 2030 : l'objectif national de 50 % de nouveaux véhicules électriques d'ici 2030 envoie un signal clair : anticiper la transition en flotte aujourd'hui, c'est éviter une pression tarifaire ou réglementaire demain.
Pour les PME et artisans suisses, le leasing reste le mode d'accès le plus adapté : il préserve la trésorerie, transfère le risque de valeur résiduelle au leaseur et permet un renouvellement régulier vers des technologies plus récentes.
Ce que vous devez faire maintenant
La fenêtre d'opportunité est ouverte, mais pas indéfiniment. Les premiers contrats de leasing électrique signés autour de 2022-2023 arrivent à échéance : le marché de l'occasion électrique professionnel va se densifier rapidement, ce qui pourrait peser sur les valeurs résiduelles des contrats en cours. Avant de renouveler ou d'élargir votre flotte, posez ces questions à votre interlocuteur leasing :
- Quelle valeur résiduelle est garantie contractuellement sur 36 mois ?
- Les bonus cantonaux sont-ils intégrés dans le calcul du loyer mensuel ?
- Quelle solution de recharge sur site est proposée en complément du contrat ?
Électrifier sa flotte en Suisse n'est plus une question de conviction écologique : c'est une décision de gestion, étayée par des chiffres concrets et soutenue par un cadre fiscal favorable. Les gestionnaires qui anticipent aujourd'hui seront en position de force demain.
D'après Elektroauto News CH