Le leasing de véhicules électriques ne produit pas seulement des économies à l'usage : il fabrique aussi, en bout de cycle, un marché de l'occasion que personne ne peut plus ignorer. Pour les PME, artisans et gestionnaires de flottes basés en Suisse, c'est une double opportunité — à l'entrée comme à la sortie du contrat. Décryptage par les chiffres.
Le leasing comme fabrique de l'occasion électrique
C'est un paradoxe productif : plus le leasing électrique se développe, plus il alimente un gisement de véhicules d'occasion structuré et traçable. Max Nastold, directeur général de KazenMaier Leasing — un acteur du secteur actif depuis au moins 2011 — défend une thèse claire : les véhicules de location doivent traverser au moins deux à trois cycles de vie avant de quitter le marché. Cette approche permet de lisser la dépréciation, de mieux anticiper les valeurs résiduelles et, in fine, de rendre l'électrique accessible à une clientèle plus large, y compris des PME qui hésitent encore à franchir le pas.
La démonstration par l'usage est aussi au rendez-vous : Nastold a lui-même parcouru près de 9 500 kilomètres en 56 jours avec son véhicule électrique en début d'année. Un usage quotidien de 20 à 30 kilomètres — la norme pour de nombreux artisans ou commerciaux en zone périurbaine — ne requiert aucune autonomie étendue. La technologie actuelle est largement suffisante pour ces profils.
TCO : ce que les chiffres disent vraiment
Au-delà du discours, les données économiques commencent à parler. Pour une utilisation annuelle de 40 000 kilomètres, les économies sur les coûts variables (carburant, entretien, fluides) sont estimées à environ 3 000 euros par an par rapport à un véhicule thermique équivalent. Ramenée sur un contrat de leasing de trois ans, cette économie représente un avantage compétitif significatif dans un calcul de TCO (Total Cost of Ownership).
Pour un gestionnaire de flotte suisse, cet avantage se double d'un contexte fiscal favorable. L'exemple de l'archidiocèse de Fribourg est parlant : dès 2017, un tiers de son parc automobile avait été converti à l'électrique, preuve que même des organisations à contraintes budgétaires serrées peuvent opérer cette transition avec méthode.
Suisse : ce que ça change pour votre flotte
En Suisse, le contexte réglementaire et fiscal renforce encore l'équation économique. Plusieurs leviers sont directement actionnables :
- Bonus cantonaux à l'achat : jusqu'à 3 000 CHF dans les cantons de Vaud et Genève, 2 000 CHF dans le canton de Berne. Pour une flotte de cinq véhicules, cela représente jusqu'à 15 000 CHF d'économies immédiates.
- Exonération ou réduction de l'impôt cantonal sur les véhicules dans de nombreux cantons, un avantage récurrent qui allège le TCO année après année.
- CHF fort : les prix à l'achat des véhicules importés depuis la zone euro restent compétitifs, ce qui dope également la valeur des occasions en fin de leasing.
- Réseau de recharge : SwissCharge, EVPASS et les bornes d'entreprises couvrent désormais les grandes agglomérations, réduisant les freins opérationnels pour les flottes professionnelles.
- Pression réglementaire : sans ZFE nationale, la Suisse joue sur les objectifs CO₂ fédéraux imposés aux importateurs. L'objectif de 50 % de nouveaux véhicules électriques d'ici 2030 va mécaniquement augmenter l'offre d'occasions issues du leasing dans les prochaines années.
Le nouveau programme fédéral de subvention récemment mis en place par le gouvernement, orienté prioritairement vers les clients privés, crée également un effet d'entraînement indirect : en stimulant la demande de véhicules neufs en leasing, il accélère le renouvellement des parcs et enrichit le stock d'occasions disponibles pour les professionnels.
Ce que les PME et artisans suisses doivent faire maintenant
La fenêtre d'opportunité est réelle, mais elle ne durera pas indéfiniment. À mesure que le marché de l'occasion électrique se structure et que la demande monte, les prix des véhicules d'occasion vont se stabiliser — voire progresser. Agir tôt, c'est acheter moins cher et négocier de meilleures conditions de leasing.
Concrètement, voici les étapes prioritaires pour un gestionnaire de flotte ou une PME suisse :
- Auditer les usages réels de votre parc : un trajet moyen de 20 à 30 km/jour suffit pour basculer immédiatement vers l'électrique.
- Identifier les aides cantonales applicables à votre siège social ou lieu d'immatriculation.
- Négocier des contrats de leasing avec des clauses de valeur résiduelle garantie — un élément clé pour sécuriser votre TCO sur la durée.
- Anticiper l'infrastructure de recharge sur site : une borne sur le lieu de travail reste le levier le plus efficace pour réduire les coûts énergétiques.
D'après Elektroauto News CH