Un convoi de quatre camions électriques, 1 000 kilomètres, quatre constructeurs majeurs et une infrastructure toute neuve : Milence vient de franchir une étape symbolique et opérationnelle dans l'électrification du transport de marchandises longue distance. Pour les gestionnaires de flottes et transporteurs français, ce signal mérite une lecture attentive — car la route Paris-Berlin, c'est aussi la route française vers l'Europe.

Un convoi de démonstration qui valide une infrastructure réelle

Milence, la coentreprise spécialisée dans la recharge des poids lourds électriques, a inauguré un nouveau parc de recharge sur l'autoroute près de Kassel-Lohfelden, en Allemagne, en organisant un événement de démonstration grandeur nature : un parcours de 1 000 kilomètres entre Paris et Berlin, effectué avec quatre camions électriques issus des gammes de Daimler Truck, MAN, Volvo Trucks et Renault Trucks.

L'exercice n'est pas anodin. Il ne s'agit pas d'un tour de piste en conditions idéales, mais d'un corridor autoroutier réel, avec des charges, des conditions climatiques variables et des contraintes de planning propres au transport professionnel. Le fait que quatre constructeurs concurrents aient participé conjointement envoie un message clair à l'ensemble de la filière : l'interopérabilité et la coopération sur l'infrastructure sont désormais des conditions sine qua non du déploiement.

Le maillage de recharge longue distance : où en est-on ?

Le principal frein à l'électrification des flottes de transport longue distance reste, de loin, la disponibilité des bornes haute puissance adaptées aux poids lourds. Les véhicules légers électriques ont bénéficié d'une décennie d'investissements dans les réseaux publics ; les camions, eux, nécessitent des puissances de recharge bien supérieures et des emplacements physiquement adaptés (manœuvrabilité, hauteur, longueur).

L'ouverture du site Milence à Kassel-Lohfelden illustre une tendance de fond : les acteurs privés, souvent portés par des consortiums de constructeurs, prennent le relais des pouvoirs publics pour densifier le réseau autoroutier. Selon les estimations du secteur, plusieurs centaines de hubs similaires seront nécessaires d'ici 2030 pour couvrir les principaux corridors de fret européens — dont les axes franco-allemands et franco-ibériques figurent en tête de liste.

Pour un transporteur basé en France opérant des lignes régulières vers l'Allemagne, les Pays-Bas ou la Belgique, chaque nouveau site de recharge sur ces corridors réduit concrètement le risque opérationnel lié au passage à l'électrique.

France : ce que ça change pour vos flottes et votre TCO

L'événement Milence intervient dans un contexte réglementaire français de plus en plus contraignant pour les véhicules thermiques. Les ZFE-m (Zones à Faibles Émissions mobilité), déployées dans 43 agglomérations dont Paris, Lyon et Marseille, excluent progressivement les véhicules Crit'Air 3 et au-delà. Pour les PME du transport ou les artisans effectuant des livraisons en zone urbaine dense, anticiper le renouvellement de flotte n'est plus une option.

Sur le plan financier, plusieurs leviers permettent d'amortir l'investissement dans un camion électrique :

  • Suramortissement de 40 % sur les véhicules propres en entreprise (base plafonnée à 30 000 €), directement déductible du résultat fiscal.
  • Bonus écologique professionnel jusqu'à 9 000 € pour les entreprises, sous conditions.
  • CEE (Certificats d'Économie d'Énergie) : un mécanisme souvent sous-utilisé qui peut financer une part significative de l'installation de bornes de recharge sur site privé (dépôt, entrepôt).
  • Taxe annuelle sur les émissions CO₂ (ex-TVS) : les véhicules émettant moins de 20 g/km bénéficient d'un avantage fiscal fort, allégeant durablement le coût de possession.

Sur le plan du TCO (Total Cost of Ownership), le coût à la recharge d'un camion électrique reste selon les estimations nettement inférieur au gazole sur les longues distances, à condition de disposer d'une infrastructure de recharge adaptée — ce que des initiatives comme celle de Milence contribuent précisément à construire.

Ce que les gestionnaires de flottes doivent faire dès maintenant

L'électrification du transport de marchandises longue distance n'est plus un horizon lointain : elle se construit infrastructure après infrastructure, corridor après corridor. Pour les professionnels français, voici les actions concrètes à engager sans attendre :

  • Cartographiez vos lignes régulières et identifiez les corridors déjà couverts par des hubs de recharge haute puissance (Milence, Ionity Truck, etc.).
  • Consultez un conseiller fiscal pour activer le suramortissement et les CEE dès le prochain renouvellement de véhicule.
  • Intégrez les ZFE à votre planning de renouvellement : les échéances Crit'Air approchent, et les délais de livraison des camions électriques restent longs.
  • Anticipez la formation de vos conducteurs à la gestion de l'autonomie et aux arrêts de recharge planifiés.

La transition ne se fera pas du jour au lendemain, mais chaque mois d'attente est un mois de retard sur la concurrence — et un risque d'exclusion renforcé des zones urbaines les plus lucratives.

D'après Electrive EU (BE)