L'organisation Transport & Environment (T&E) tire la sonnette d'alarme : un relâchement des objectifs climatiques de l'Union européenne pourrait faire disparaître jusqu'à 34 gigafabriques de batteries du continent. Pour les automobilistes belges qui envisagent de passer à l'électrique, cette bataille réglementaire à Bruxelles (l'européenne) a des répercussions très concrètes sur leur portefeuille et leur mobilité quotidienne.

34 gigafabriques en sursis : que risque vraiment l'Europe ?

Selon T&E, si les normes d'émissions de CO₂ pour les voitures neuves sont affaiblies sous la pression du Parlement européen — notamment à la demande de la fraction conservatrice EVP, qui réclame un assouplissement allant au-delà de ce que propose la Commission —, la production de véhicules électriques en Europe pourrait être réduite de moitié d'ici 2030. Conséquence directe : environ 34 usines de batteries à l'échelle d'une Northvolt (le fabricant suédois déjà fragilisé par des difficultés financières) ne verraient jamais le jour.

Et ce n'est pas tout. Un tel recul industriel s'accompagnerait d'une facture salée pour les États membres : selon les estimations de T&E, 50 milliards d'euros de coûts supplémentaires en importations de pétrole viendraient alourdir la dépendance énergétique européenne. Autrement dit, reculer sur les normes CO₂, c'est payer plus cher — collectivement — pour continuer à importer du carburant fossile.

Belgique : ce que ça change pour vous

La Belgique a construit ces dernières années un écosystème d'incitations particulièrement favorable au véhicule électrique. Un affaiblissement des normes européennes viendrait directement fragiliser cet édifice, en réduisant l'offre de modèles électriques accessibles et en ralentissant la baisse des prix à l'achat.

Voici ce qui est aujourd'hui sur la table pour un particulier belge :

  • Wallonie : prime PIVERT jusqu'à 4 500 € pour l'achat d'un véhicule électrique neuf.
  • Bruxelles : prime régionale pouvant atteindre 4 000 € pour un véhicule électrique.
  • Flandre : prime Ecoscore progressive, calculée selon les émissions réelles du véhicule.
  • Fiscalité : déductibilité à 100 % pour les véhicules zéro émission achetés jusqu'en 2027 — un avantage fiscal massif, notamment pour les indépendants et les professions libérales.
  • LEZ : les zones à basses émissions de Bruxelles, Anvers et Gand se renforcent, avec des extensions prévues. Rouler en thermique dans ces zones deviendra progressivement plus coûteux — voire impossible.

Si la production européenne de véhicules électriques recule, l'offre se restreint et les prix risquent de stagner, voire de remonter. Les primes actuelles perdraient alors une partie de leur pouvoir d'achat réel.

TCO : l'électrique reste gagnant, mais pour combien de temps ?

Aujourd'hui, en Belgique, le coût total de possession (TCO) d'un véhicule électrique compact sur 5 ans reste inférieur à celui d'un équivalent thermique, notamment grâce aux primes régionales, à la fiscalité avantageuse et à un coût à la recharge significativement plus bas que le plein d'essence ou de diesel. À titre de comparaison, selon les estimations du secteur, recharger à domicile en Belgique revient à environ 2 à 3 fois moins cher au 100 km qu'un plein de carburant classique.

Mais cet avantage repose sur une hypothèse clé : la disponibilité de modèles électriques compétitifs, produits en Europe. Moins de gigafabriques, c'est moins de concurrence, des délais de livraison allongés et des prix d'achat qui résistent à la baisse. Pour les entreprises belges, la donne est identique : l'obligation d'infrastructure de recharge en entreprise dès 2030 perd de son sens si l'offre de véhicules se contracte.

Ce que vous pouvez faire maintenant

L'incertitude réglementaire européenne ne doit pas paralyser vos décisions. Les aides régionales belges sont actives aujourd'hui, la fiscalité favorable court jusqu'en 2027, et les LEZ avancent selon un calendrier connu. Voici les réflexes à adopter :

  • Profitez des primes sans attendre : les budgets régionaux sont plafonnés et les conditions peuvent évoluer à chaque nouveau gouvernement.
  • Calculez votre TCO complet en intégrant les aides locales, le coût de recharge à domicile et les économies d'entretien (pas de vidange, moins de freinage mécanique grâce à la régénération).
  • Anticipez les LEZ : si vous circulez régulièrement à Bruxelles, Anvers ou Gand, le passage à l'électrique ou à l'hybride rechargeable devient une nécessité logistique à court terme.
  • Suivez les négociations européennes : la décision sur les normes CO₂ post-2025 aura un impact direct sur les modèles disponibles et leurs prix d'ici 2027-2030.

D'après Elektroauto News CH