L'Union européenne joue une partie décisive pour l'avenir de l'électromobilité sur le continent. Si les pressions politiques menaient à un affaiblissement des normes CO₂, c'est toute la chaîne de valeur des véhicules électriques qui vacillerait — avec des répercussions directes sur les consommateurs suisses. Voici ce que les chiffres révèlent vraiment.

34 usines de batteries dans la balance

Selon une analyse de l'organisation Transport & Environment (T&E), pas moins de 34 usines de batteries — chacune comparable en taille à l'ancienne fierté suédoise Northvolt — pourraient être menacées si l'UE revoyait à la baisse ses objectifs climatiques pour le secteur automobile. Une perspective alarmante à l'heure où l'Europe cherche précisément à s'affranchir de sa dépendance envers la Chine pour la production de cellules de batteries.

La fraction conservatrice EVP au Parlement européen pousse actuellement pour des assouplissements des normes CO₂ allant plus loin que ce que propose la Commission européenne. Si ces pressions aboutissaient, T&E projette que la production de véhicules électriques en Europe pourrait diminuer de moitié d'ici 2030. Conséquence mécanique : une dépendance accrue aux importations de pétrole, estimée à environ 50 milliards d'euros supplémentaires. Un coût politique, économique et environnemental colossal.

Northvolt, dont les difficultés industrielles récentes ont illustré la fragilité de la filière batteriste européenne, est emblématique de ces risques. La compétitivité de tout l'écosystème VE du continent est en jeu.

Suisse : ce que ça change pour vous

La Suisse n'est pas membre de l'UE, mais elle est profondément intégrée à son marché automobile. Les constructeurs qui vendent des véhicules en Suisse sont les mêmes que ceux soumis aux objectifs CO₂ européens, et l'objectif fédéral suisse vise 50 % de nouvelles immatriculations électriques d'ici 2030 — un cap ambitieux aligné sur la dynamique européenne.

Un ralentissement de la production de VE en Europe aurait deux effets concrets pour le consommateur helvétique :

  • Moins de choix et des délais allongés : une offre réduite en Europe signifie moins de modèles disponibles chez les importateurs suisses, et potentiellement des délais de livraison en hausse.
  • Des prix sous pression : paradoxalement, le franc fort protège partiellement les acheteurs suisses en rendant les importations de la zone euro compétitives. Mais si l'offre se raréfie, cet avantage structurel pourrait être neutralisé par la demande.

En revanche, les incitations locales restent solides et constituent une fenêtre à saisir dès maintenant. Plusieurs cantons proposent des bonus directs à l'achat : 3 000 CHF à Vaud et à Genève, 2 000 CHF dans le canton de Berne. À cela s'ajoutent des exonérations ou réductions significatives de l'impôt sur les véhicules dans de nombreux cantons, un levier souvent sous-estimé dans le calcul du TCO (coût total de possession).

TCO : l'électrique reste avantageux, mais la fenêtre peut se refermer

Sur cinq ans, un véhicule électrique acheté aujourd'hui en Suisse bénéficie d'un faisceau d'avantages : carburant (~3× moins cher qu'un thermique équivalent aux prix actuels de l'énergie), entretien allégé (pas de vidange, moins de pièces d'usure), fiscalité avantageuse cantonale, et aides directes à l'achat.

Si l'offre européenne se contracte faute de production suffisante de batteries, les prix catalogue pourraient remonter, réduisant mécaniquement l'avantage TCO. Agir maintenant, c'est profiter d'un marché encore bien approvisionné et d'aides encore en vigueur.

Le réseau de recharge suisse — SwissCharge, EVPASS, et les nombreuses solutions privées — est déjà l'un des plus denses d'Europe par habitant dans les grandes agglomérations, ce qui lève l'un des derniers freins à l'adoption.

Ce qu'il faut retenir et faire

Le bras de fer politique à Bruxelles sur les normes CO₂ n'est pas une abstraction lointaine : il déterminera directement la disponibilité, le prix et la diversité des VE accessibles en Suisse dans les 5 prochaines années. Les particuliers suisses qui envisagent de passer à l'électrique ont tout intérêt à :

  • Vérifier les bonus cantonaux disponibles dans leur canton avant tout achat, ces aides pouvant évoluer à la baisse selon les budgets votés chaque année.
  • Comparer le TCO sur 5 ans en intégrant fiscalité locale, coût de l'énergie et entretien — et non uniquement le prix catalogue.
  • Ne pas reporter indéfiniment : un relâchement des normes européennes réduirait l'offre disponible et potentiellement rehausserait les prix.

D'après Elektroauto News CH