La rentabilité des utilitaires électriques face au diesel reste un frein majeur pour de nombreux professionnels. Une étude de l'Avere-France, en partenariat avec Carbone 4, identifie plusieurs leviers fiscaux capables de changer la donne. Pour les PME, artisans et gestionnaires de flottes basés en Belgique, le sujet est d'autant plus brûlant que le cadre réglementaire local évolue rapidement — et qu'il penche déjà, à bien des égards, en faveur de l'électrique.

Pourquoi la fiscalité est le vrai terrain de jeu

Le coût d'achat d'un utilitaire électrique reste supérieur à celui d'un équivalent diesel, souvent de 20 à 40 % selon les segments. Mais le prix au ticket n'est qu'une partie de l'équation. Ce qui détermine la décision d'un professionnel rationnel, c'est le coût total de possession (TCO) : achat ou loyer, carburant, entretien, fiscalité et valeur résiduelle sur la durée du contrat.

C'est précisément sur le volet fiscal que l'étude de l'Avere-France tire la sonnette d'alarme. En France, des mécanismes comme le malus automobile et des règles d'amortissement peu adaptées pénalisent encore les véhicules utilitaires électriques. La révision de ces dispositifs figure parmi les recommandations centrales du rapport, avec pour objectif de rééquilibrer le TCO en faveur du zéro émission.

Pour un gestionnaire de flotte, chaque point de déductibilité ou chaque mois de loyer économisé se multiplie par le nombre de véhicules. L'enjeu est donc systémique, pas seulement marginal.

Belgique : ce que ça change concrètement

Bonne nouvelle : la Belgique a, sur plusieurs points, une longueur d'avance sur le cadre fiscal français. Voici ce dont bénéficient déjà les professionnels belges :

  • Déductibilité fiscale à 100 % pour les véhicules zéro émission achetés jusqu'en 2027. C'est un avantage considérable pour toute entreprise soumise à l'impôt des sociétés ou à l'impôt des personnes physiques avec activité indépendante.
  • ATN (Avantage de Toute Nature) réduit pour les voitures de société électriques, ce qui allège la facture fiscale des collaborateurs et facilite l'acceptation des véhicules de fonction électriques dans les équipes.
  • Primes régionales significatives : jusqu'à 4 500 € via la prime PIVERT en Wallonie, jusqu'à 4 000 € à Bruxelles. La Flandre, de son côté, propose une prime Ecoscore progressive selon le niveau d'émissions du véhicule.

En cumulant déductibilité maximale et primes régionales, le différentiel de coût à l'achat entre un utilitaire électrique et son équivalent diesel peut être réduit de manière substantielle. Selon les estimations, l'écart de TCO sur 4 ans devient souvent favorable à l'électrique dès lors que l'on intègre les économies sur le carburant et l'entretien allégé.

À cela s'ajoutent des contraintes réglementaires croissantes qui rendent le diesel de moins en moins viable en milieu urbain. Les LEZ (Low Emission Zones) sont déjà actives à Bruxelles, Anvers et Gand, avec des extensions prévues. Un véhicule diesel acheté aujourd'hui pourrait se retrouver exclu de certaines zones dans quelques années — un risque opérationnel non négligeable pour les artisans qui travaillent en ville.

Enfin, dès 2030, les entreprises auront l'obligation d'installer une infrastructure de recharge sur leur site. Anticiper cet investissement dès maintenant permet de l'intégrer dans une stratégie fiscale globale et d'éviter une mise en conformité coûteuse en urgence.

Ce que les professionnels belges doivent faire dès maintenant

Les signaux sont clairs : la fenêtre fiscale optimale est ouverte, mais elle ne le restera pas indéfiniment. La déductibilité à 100 % est garantie jusqu'en 2027, mais les conditions pourraient évoluer. Les primes régionales sont soumises à des enveloppes budgétaires qui se referment parfois sans préavis.

Concrètement, voici les actions prioritaires :

  • Réaliser un audit TCO de votre flotte actuelle en intégrant les paramètres fiscaux belges spécifiques à votre région.
  • Anticiper la recharge : évaluer les coûts d'installation de bornes sur site avant que l'obligation de 2030 ne crée un effet de congestion chez les installateurs.
  • Vérifier votre éligibilité aux primes régionales avant tout achat ou signature de leasing — les critères varient entre la Wallonie, Bruxelles et la Flandre.
  • Consulter un fiscaliste pour optimiser l'amortissement et la déductibilité de vos investissements en mobilité électrique dans le cadre de votre exercice comptable.