En Europe, l'Avere-France tire la sonnette d'alarme : sans ajustements fiscaux ciblés, les utilitaires électriques ne pourront pas rivaliser économiquement avec le diesel sur le marché professionnel. Une étude menée avec Carbone 4 propose des leviers concrets — et leurs échos se font entendre jusqu'au Canada, où PME, artisans et gestionnaires de flottes se posent exactement les mêmes questions.

Ce que propose l'Avere-France : trois leviers à retenir

L'étude de l'Avere-France identifie plusieurs obstacles économiques qui freinent aujourd'hui l'adoption massive des véhicules utilitaires électriques (VUE) par les professionnels. Deux pistes se distinguent particulièrement :

  • La révision du malus automobile : un outil de signal-prix qui, correctement calibré, pénalise les motorisations thermiques tout en valorisant l'électrique. Sans ce rééquilibrage, l'achat d'un utilitaire diesel reste artificiellement attractif à court terme.
  • L'assouplissement des règles d'amortissement : pour les entreprises, la durée et le taux d'amortissement d'un véhicule professionnel pèsent lourd dans la décision d'achat. Un régime plus favorable pour les VUE permettrait de réduire le coût réel sur la durée de détention.

Ces recommandations pointent un enjeu fondamental : ce n'est pas l'électrique qui est trop cher, c'est le cadre fiscal qui ne reflète pas encore les coûts réels — notamment environnementaux — du diesel.

Canada : ce que ça change pour les professionnels

Le Canada n'est pas en reste sur le front des incitatifs, mais le tableau est contrasté selon les provinces. Voici ce que les professionnels peuvent mobiliser aujourd'hui :

  • Programme fédéral iVZEV : jusqu'à 5 000 CAD de remboursement pour un véhicule électrique admissible de moins de 55 000 CAD, ou 2 500 CAD pour un hybride rechargeable (PHEV).
  • Québec — Roulez vert : jusqu'à 8 000 CAD cumulables avec l'aide fédérale, ce qui peut représenter une économie totale de 13 000 CAD à l'achat.
  • Colombie-Britannique — CleanBC : un rabais pouvant atteindre 4 000 CAD, cumulable lui aussi avec le programme fédéral.
  • Ontario : programme supprimé depuis 2018, créant un désavantage compétitif notable pour les entreprises ontariennes. La pression politique pour une réintroduction s'intensifie, mais rien n'est encore acté.

Sur le plan de la recharge, le réseau s'étoffe rapidement grâce aux investissements de CAA, Petro-Canada et au déploiement des Superchargeurs Tesla — un signal positif pour les flottes qui couvrent des corridors inter-villes.

Reste un défi de taille propre au contexte canadien : les grands froids. Par -30 °C, l'autonomie d'un VUE peut chuter de façon significative selon les estimations du secteur, ce qui impose une planification rigoureuse des tournées et des points de recharge, surtout en milieu rural ou nordique.

TCO : l'électrique peut-il vraiment battre le diesel au Canada ?

Le coût total de possession (TCO) est l'indicateur déterminant pour tout acheteur professionnel rationnel. Si le prix d'achat d'un utilitaire électrique demeure souvent supérieur à celui d'un équivalent diesel, plusieurs facteurs jouent en faveur de l'électrique sur la durée :

  • Coût de l'énergie : l'électricité reste, selon les estimations, nettement moins chère que le diesel au kilomètre, particulièrement au Québec où les tarifs d'Hydro-Québec sont parmi les plus bas d'Amérique du Nord.
  • Entretien réduit : moins de pièces mécaniques soumises à l'usure (pas de vidange, embrayage simplifié, freinage régénératif) se traduisent par des coûts d'atelier plus faibles sur 5 à 7 ans.
  • Aides à l'achat : avec jusqu'à 13 000 CAD de rabais cumulés au Québec, le différentiel de prix à l'achat se résorbe considérablement pour les modèles éligibles.

Le point d'équilibre exact dépend du kilométrage annuel, de la province et du profil d'usage — mais pour une PME réalisant plus de 30 000 km/an au Québec, le TCO électrique devient compétitif selon les modélisations disponibles.

Ce que les professionnels canadiens doivent faire maintenant

Le message de l'Avere-France est clair : attendre une fiscalité parfaite pour passer à l'électrique, c'est laisser de l'argent sur la table. Au Canada, les outils existent déjà — encore faut-il les activer intelligemment.

Trois actions concrètes pour démarrer :

  • Vérifiez l'éligibilité de vos véhicules cibles aux programmes iVZEV, Roulez vert ou CleanBC avant toute commande.
  • Demandez à votre comptable d'analyser les règles d'amortissement actuelles pour les VUE dans votre province — les conditions fiscales canadiennes peuvent déjà offrir des avantages non négligeables.
  • Cartographiez vos trajets réguliers en intégrant les bornes de recharge disponibles via les outils CAA ou PlugShare pour valider la faisabilité opérationnelle.

D'après Automobile Propre