L'Europe est en train de reculer sur l'un de ses engagements phares en matière de mobilité décarbonée. Sous l'impulsion de l'Allemagne, la proposition de la Commission européenne revoit à la baisse l'objectif de 100 % de véhicules neufs zéro émission en 2035. Pour la Suisse, qui aligne ses propres ambitions sur celles du marché européen, ce glissement réglementaire n'est pas sans conséquences.
De 100 % à 85 % : un recul chiffré et contesté
La Commission européenne a proposé de ramener à 85 % la part minimale de véhicules neufs électriques à homologuer d'ici 2035, contre 100 % dans le cadre de l'objectif initial. Mais selon les modélisations de l'organisation Transport & Environment (T&E), les propositions portées par l'Allemagne pourraient faire chuter cette part encore plus bas : entre 53 et 76 % seulement en 2035.
Pour 2030, les projections de T&E sont tout aussi préoccupantes : la part des véhicules électriques dans les immatriculations neuves ne serait que de 29 à 43 %, loin de l'objectif de 47 % inscrit dans la proposition de la Commission. En cause : deux mesures phares défendues par Berlin — la suppression de la réévaluation du facteur d'utilité pour les hybrides rechargeables (PHEV) et la possibilité de comptabiliser comme zéro émission les véhicules roulant aux carburants climato-neutres (e-fuels).
Ces assouplissements ne sont pas neutres sur le plan économique. Entre 2026 et 2035, T&E estime qu'ils généreraient 7 à 15 milliards d'euros de coûts supplémentaires en importations pétrolières pour l'Europe. Et sur le long terme — 2025 à 2050 — ce sont 1,1 à 2,2 milliards de tonnes de CO2 supplémentaires qui seraient émises. Un chiffre à mettre en regard du bilan positif déjà enregistré : en Allemagne seule, les véhicules électriques ont permis entre 2015 et 2025 d'économiser 3,5 milliards d'euros d'importations pétrolières et d'éviter la consommation de 46 millions de barils.
Suisse : ce que ça change pour les acheteurs locaux
La Suisse n'est pas membre de l'Union européenne, mais son marché automobile dépend structurellement des modèles produits et homologués en Europe. Un ralentissement du déploiement industriel des véhicules électriques chez les grands constructeurs européens se traduirait mécaniquement par une offre moins diversifiée et des prix moins compétitifs sur le marché helvétique.
Or la Confédération a fixé un objectif ambitieux : 50 % de nouveaux véhicules électriques d'ici 2030. Si les constructeurs ralentissent leur transition sous l'effet d'objectifs européens assouplis, les importateurs suisses — soumis à leurs propres objectifs CO2 fédéraux — pourraient se retrouver en tension entre des engagements locaux stricts et une offre industrielle insuffisante.
Pour les particuliers, les aides cantonales restent un levier concret à saisir dès maintenant. À Vaud et à Genève, un bonus de 3 000 CHF est disponible pour l'achat d'un véhicule électrique neuf. Dans le canton de Berne, ce bonus s'élève à 2 000 CHF. À cela s'ajoute, dans de nombreux cantons, une exonération ou réduction significative de l'impôt sur les véhicules. Combinées au franc fort — qui rend les modèles importés de la zone euro structurellement moins chers —, ces aides améliorent nettement le coût total de possession (TCO) d'un véhicule électrique en Suisse par rapport à la moyenne européenne.
Côté infrastructure, les grandes agglomérations helvétiques disposent d'un réseau de recharge dense, porté par des opérateurs comme SwissCharge ou EVPASS, ce qui limite l'un des principaux freins à l'adoption.
Hybrides rechargeables : ne pas se laisser tromper par l'assouplissement
L'une des mesures défendues par l'Allemagne — supprimer la réévaluation du facteur d'utilité des PHEV — revient à gonfler artificiellement leurs performances environnementales officielles. En conditions réelles, un hybride rechargeable dont la batterie n'est pas régulièrement rechargée peut consommer autant qu'un thermique classique. Pour un acheteur suisse, cela signifie qu'un PHEV acheté sur la foi d'émissions officielles favorables pourrait ne pas remplir les conditions d'éligibilité aux aides cantonales, ni générer les économies de carburant attendues sur le long terme. La vigilance sur les conditions d'usage réel reste primordiale.
Ce qu'il faut faire maintenant
Face à cette incertitude réglementaire européenne, les acheteurs suisses ont tout intérêt à agir sans attendre. Les aides cantonales actuelles sont soumises à des enveloppes budgétaires limitées et pourraient évoluer. La fenêtre d'achat à conditions favorables — aides disponibles, offre large, prix compétitifs grâce au CHF fort — est ouverte, mais rien ne garantit qu'elle le restera.
Comparez les offres disponibles sur le marché suisse, vérifiez votre éligibilité aux bonus cantonaux, et intégrez dans votre calcul le TCO sur 5 ans : entretien réduit, carburant moins cher et fiscalité allégée font souvent pencher la balance en faveur de l'électrique, même avant subvention.
D'après Elektroauto News CH