BYD accélère son ancrage industriel en Europe en négociant le rachat d'usines automobiles inutilisées, notamment auprès de Stellantis. Une stratégie qui vise à contourner les droits de douane européens sur les véhicules électriques chinois et à réduire les coûts de production. Pour les acheteurs suisses de véhicules électriques, les implications pourraient être significatives — tant sur les prix que sur la disponibilité des modèles.
Une offensive industrielle bien coordonnée
Le constructeur chinois ne part pas de rien : une usine est déjà en construction à Szeged, en Hongrie, avec une capacité prévue de 300 000 véhicules par an. Les modèles Dolphin Surf et Atto 2 y seront assemblés dès la mise en service du site. Un second site est en cours d'établissement en Turquie. Parallèlement, BYD explore activement le rachat d'usines déjà existantes, rendues disponibles par la contraction de la production européenne traditionnelle.
BYD n'est pas seul dans cette démarche : Stellantis a annoncé un accord de coopération renforcée avec le constructeur chinois Leapmotor, impliquant deux usines espagnoles dédiées à la production de véhicules électriques. De son côté, Nissan et Chery discutent d'un partage de l'usine de Sunderland au Royaume-Uni. La tendance est claire : les marques chinoises s'ancrent dans le tissu industriel européen, usine après usine.
Droits de douane : le moteur caché de cette stratégie
Depuis l'instauration par l'Union européenne de droits de douane renforcés sur les véhicules électriques importés de Chine, les constructeurs asiatiques ont tout intérêt à produire localement pour rester compétitifs sur le marché européen. En assemblant leurs véhicules en Hongrie ou en Espagne, ils s'affranchissent de ces surcoûts et peuvent proposer des tarifs bien plus agressifs à leurs distributeurs européens.
Pour les consommateurs, la logique est directe : moins de taxes à l'importation = potentiellement moins cher à l'achat. Et si les prix de vente s'alignent davantage sur ceux pratiqués dans la zone euro, la Suisse — grâce à la force du franc — pourrait en tirer un avantage supplémentaire à l'importation.
Suisse : ce que ça change
La Suisse n'appartient pas à l'UE et ne sera pas directement concernée par les droits de douane européens sur les importations chinoises. Mais elle bénéficiera indirectement d'une production européenne de BYD : des véhicules assemblés en Hongrie ou en Espagne sont susceptibles d'être importés en Suisse avec des délais réduits, des coûts logistiques moindres et une meilleure homologation pour le marché continental.
À cela s'ajoutent des leviers financiers locaux non négligeables pour les acheteurs :
- Bonus cantonaux : jusqu'à 3 000 CHF dans les cantons de Vaud et de Genève, 2 000 CHF à Berne — cumulables avec d'autres avantages selon les communes.
- Exonération ou réduction de l'impôt sur les véhicules dans de nombreux cantons suisses.
- CHF fort : les prix libellés en euros restent avantageux pour les acheteurs suisses, et une production européenne de BYD renforcerait encore cet effet de change.
- Réseau de recharge solide dans les grandes agglomérations (SwissCharge, EVPASS), facilitant le passage au quotidien.
Sur le plan du coût total de possession (TCO), un véhicule BYD électrique produit en Europe, combiné aux aides cantonales et à l'exonération de taxe, pourrait s'avérer plus compétitif qu'un thermique équivalent sur 4 à 5 ans, selon les estimations courantes du marché helvétique. L'objectif fédéral de 50 % de nouveaux véhicules électriques d'ici 2030 donne par ailleurs une visibilité politique de long terme favorable à cet investissement.
Ce qu'il faut faire maintenant
Si vous envisagez d'acheter un véhicule électrique dans les prochains mois, voici trois réflexes concrets :
- Vérifiez les bonus disponibles dans votre canton avant de signer : certains dispositifs sont limités dans le temps ou soumis à plafonds de revenus.
- Comparez les prix TTC avec TVA suisse : un modèle BYD importé d'Europe peut afficher un tarif plus attractif qu'un modèle similaire d'origine asiatique directe.
- Suivez les annonces de disponibilité des modèles Dolphin Surf et Atto 2 : produits en Hongrie, ils pourraient arriver sur le marché suisse plus rapidement que d'autres modèles de la gamme.
L'implantation industrielle de BYD en Europe n'est pas qu'une information géopolitique : c'est un signal concret que les prix des électriques chinois en Suisse pourraient baisser, et que le choix de modèles va s'élargir. Le moment d'anticiper est maintenant.
D'après Elektroauto News CH