Et si la vraie barrière au camion électrique n'était pas technique, mais psychologique ? Une étude de l'Öko-Institut interrogeant 57 entreprises de transport européennes utilisant des poids lourds électriques depuis au moins un an vient bousculer les idées reçues. Pour les gestionnaires de flottes et les transporteurs français, les résultats méritent une lecture attentive.

Les chiffres qui font réfléchir

Le résultat le plus frappant de l'étude est sans ambiguïté : 93 % des entreprises interrogées se déclarent satisfaites ou très satisfaites de leurs camions électriques lourds. Ce score, rare dans n'importe quel secteur industriel, est d'autant plus significatif qu'il concerne des professionnels du transport — des utilisateurs exigeants, soumis à des contraintes de rentabilité et de délais quotidiens.

Côté autonomie, les nouvelles générations de véhicules (avec une capacité déclarée d'au moins 500 km) parcourent en moyenne 432 kilomètres par jour. Un chiffre concret qui répond directement aux inquiétudes sur la range anxiety : pour la grande majorité des tournées régionales et des liaisons nationales, l'électrique est déjà opérationnel. D'ailleurs, environ 70 % des entreprises équipées de ces nouveaux modèles les déploient précisément sur ce type de trajets régionaux ou longue distance nationale.

Les freins qui subsistent : soyons honnêtes

L'étude ne cache pas les obstacles. Les entreprises interrogées pointent trois points noirs principaux :

  • Les coûts d'acquisition élevés, encore sensiblement supérieurs à ceux d'un tracteur diesel équivalent ;
  • Le développement de l'infrastructure de charge en dépôt, qui nécessite des travaux électriques importants ;
  • Les démarches administratives de raccordement au réseau, souvent longues et complexes.

Ces freins sont réels. Mais ils ne sont pas une fatalité — et c'est précisément là où le contexte français offre des leviers concrets.

France : ce que ça change pour les transporteurs

Pour un transporteur basé en France, la donne est aujourd'hui plus favorable qu'elle ne l'a jamais été. Voici les dispositifs à connaître absolument :

  • Suramortissement de 40 % sur l'acquisition de véhicules propres en entreprise (base plafonnée à 30 000 €) : un avantage fiscal direct qui allège mécaniquement le coût de revient du véhicule ;
  • CEE (Certificats d'Économie d'Énergie) : ils permettent de financer une partie significative de l'installation des bornes de recharge en dépôt, répondant ainsi à l'un des principaux freins identifiés par l'étude ;
  • Taxe annuelle sur les émissions CO₂ (ex-TVS) : les véhicules émettant moins de 20 g/km bénéficient d'un avantage très fort, réduisant la fiscalité annuelle de la flotte ;
  • ZFE-m dans 43 agglomérations (Paris, Lyon, Marseille…) : avec l'interdiction progressive des Crit'Air 3 et au-delà, les camions électriques deviennent non plus un choix, mais une nécessité pour accéder aux zones urbaines à forte valeur commerciale.

Sur le TCO (coût total de possession), l'étude confirme ce que les modèles financiers français anticipent : malgré un investissement initial plus lourd, le coût sur la durée de vie du véhicule s'avère considérablement inférieur à celui d'un équivalent thermique, grâce à des coûts d'énergie et de maintenance réduits. Selon les estimations du secteur, le point d'équilibre (break-even) pourrait être atteint entre 4 et 6 ans selon le kilométrage annuel et le prix de l'électricité négocié.

À noter : en Allemagne, une exonération de péage s'applique aux camions électriques. En France, aucun dispositif équivalent national n'existe à ce jour sur les autoroutes concédées — un point à surveiller dans les prochaines discussions budgétaires.

Ce qu'il faut faire dès maintenant

Les résultats de cette étude envoient un signal clair aux gestionnaires de flottes français : le passage au camion électrique lourd n'est plus une expérimentation réservée aux pionniers. C'est une trajectoire industrielle validée par des opérateurs en conditions réelles. Les transporteurs qui anticipent dès aujourd'hui — en engageant les démarches de raccordement électrique de leur dépôt, en simulant leur TCO avec les aides disponibles et en intégrant les contraintes ZFE dans leur stratégie commerciale — prendront une longueur d'avance décisive sur ceux qui attendent.

Commencez par auditer votre dépôt électrique, contactez votre fournisseur d'énergie pour un raccordement adapté, et rapprochez-vous d'un conseiller CCI ou d'un expert flotte pour modéliser votre TCO réel. Les chiffres sont là. À vous de les faire parler.

D'après Elektroauto News CH