Un camion électrique qui fait le tour du monde en 80 recharges, c'est bien plus qu'un coup médiatique : c'est une démonstration de maturité technologique en grandeur réelle. Pour les PME, artisans et gestionnaires de flottes belges encore sceptiques face à l'électrique longue distance, ce projet mérite une lecture attentive, chiffres à l'appui.
45 000 km, 80 recharges : que nous disent vraiment ces chiffres ?
Tobias Wagner, chauffeur professionnel suivi par plus de 160 000 abonnés sous le pseudonyme "Elektrotrucker", s'apprête à réaliser une première mondiale : parcourir environ 45 000 kilomètres à travers plus de 35 pays, entièrement au volant d'un Mercedes eActros 600, avec un maximum de 80 recharges au total. Le départ est prévu à l'automne, pour une durée estimée d'un an.
Derrière ce projet spectaculaire se cachent des données techniques concrètes. Le véhicule, sorti des chaînes de l'usine Mercedes-Benz de Wörth am Rhein en avril, embarque une batterie de plus de 600 kWh. En conditions réelles de transport longue distance — soit un convoi de 40 tonnes — il affiche une autonomie pouvant atteindre 500 kilomètres par charge. En rapportant la distance totale du tour du monde aux 80 recharges prévues, on obtient une moyenne de 562 km par arrêt de recharge : un ratio qui pulvérise les idées reçues sur les limites de l'électrique en usage intensif.
Wagner n'est pas un novice : en deux ans de conduite professionnelle chez Nanno Janssen, il a accumulé 200 000 kilomètres 100 % électriques dans 22 pays. Son expérience de terrain donne à ce projet une crédibilité opérationnelle que les bancs d'essai ne peuvent pas offrir.
Longue distance électrique : la technologie est prête, les opérateurs doivent suivre
Ce qui frappe dans ce projet, c'est la banalisation progressive de l'électrique en transport lourd. Il y a cinq ans, 500 km d'autonomie pour un poids lourd de 40 tonnes relevait de la science-fiction. Aujourd'hui, c'est la fiche technique d'un véhicule de série. Pour les gestionnaires de flottes, cela soulève une question directe : si un eActros 600 peut traverser des déserts et des chaînes de montagnes à travers 35 pays, pourquoi une tournée de livraison entre Liège, Bruxelles et Gand resterait-elle hors de portée de l'électrique ?
La vraie limite n'est plus la technologie. Elle se situe désormais du côté de la planification des recharges, de la formation des conducteurs et de l'adaptation de l'organisation logistique. Des obstacles réels, mais surmontables — surtout en Belgique, où le cadre réglementaire et fiscal est aujourd'hui l'un des plus incitatifs d'Europe.
Belgique : ce que ça change pour votre flotte
L'exploit de l'Elektrotrucker intervient dans un contexte belge particulièrement favorable à l'électrification des flottes professionnelles. Voici ce que vous avez concrètement sur la table :
- Déductibilité fiscale à 100 % pour tout véhicule zéro émission acheté jusqu'en 2027 : un levier majeur pour réduire le coût net d'acquisition d'un poids lourd électrique.
- Primes régionales : jusqu'à 4 500 € en Wallonie (prime PIVERT), jusqu'à 4 000 € à Bruxelles pour un véhicule électrique neuf. La Flandre applique quant à elle une prime Ecoscore progressive selon le niveau d'émissions.
- LEZ en expansion : Bruxelles, Anvers et Gand ont déjà instauré des zones à basses émissions. Leur extension est programmée — ce qui signifie que les flottes diesel voient leur zone de livraison se réduire d'année en année.
- Obligation d'infrastructure de recharge en entreprise dès 2030 : mieux vaut anticiper cet investissement dès aujourd'hui, d'autant que les aides à l'installation de bornes sont encore disponibles.
Sur le plan du TCO (coût total de possession), la combinaison déductibilité fiscale + aides régionales + économies sur le carburant (selon les estimations du secteur, l'électrique coûte 2 à 4 fois moins cher au kilomètre que le diesel en usage intensif) commence à rendre l'équation financière attractive, même pour une PME de transport régionale.
Ce que les gestionnaires de flottes belges doivent faire maintenant
Le tour du monde de l'eActros 600 ne concerne pas directement votre dépôt de Charleroi ou votre entrepôt de Hasselt. Mais il démontre que la technologie est mûre pour des usages bien moins extrêmes que traverser le Sahara. Voici trois actions concrètes à engager dès aujourd'hui :
- Auditez vos tournées actuelles : identifiez les circuits réguliers compatibles avec une autonomie de 300 à 500 km par jour. La majorité des livraisons régionales belges entrent dans cette fenêtre.
- Chiffrez votre TCO sur 5 ans en intégrant les aides fiscales et régionales disponibles — la déductibilité à 100 % seule peut représenter plusieurs dizaines de milliers d'euros d'économie sur un poids lourd.
- Anticipez l'infrastructure de recharge avant 2030 : les subventions à l'installation sont encore accessibles, et agir en avance vous place en bonne position face à la concurrence.
La transition n'est plus une question de "si", mais de "quand" — et les preuves de faisabilité s'accumulent, jusque dans les zones les plus reculées de la planète.
D'après Elektroauto News CH