Un point de bascule vient d'être franchi outre-Rhin : pour la première fois, la voiture électrique rivalise à égalité avec l'essence dans les préférences des salariés allemands en matière de véhicule de fonction. Pour les PME, artisans et gestionnaires de flottes établis en Suisse, ce signal mérite une lecture attentive — d'autant que le contexte helvétique rend la transition encore plus accessible qu'en Allemagne.
Les chiffres qui changent tout
L'enquête, commandée par MHC Mobility et réalisée par Omniquest auprès d'environ 1 000 salariés allemands, dresse un tableau édifiant de l'état d'esprit dans les flottes professionnelles européennes. Premier enseignement : 64 % des entreprises interrogées disposent de véhicules de fonction, et 41 % des répondants y ont personnellement accès. La voiture de société reste donc un outil de travail central, pas un simple avantage accessoire.
Sur les préférences motorisation, le résultat est historique : 46 % des répondants optent pour l'électrique, 46 % pour l'essence. L'égalité parfaite. Et si l'on élargit à toutes les motorisations électrifiées — hybrides rechargeables inclus — c'est 59 % des sondés qui privilégient une solution avec une prise. Le diesel, lui, recule clairement dans les intentions.
Autre donnée structurante : 45 % des répondants placent le coût en tête des critères de choix. Ce n'est pas la marque, ni le prestige — c'est la rationalité économique qui guide les décisions. Une logique que les gestionnaires de flottes suisses connaissent bien.
Le véhicule de fonction, outil RH autant que logistique
L'enquête révèle une tension intéressante au sein des entreprises : 79 % des répondants jugent la nécessité professionnelle prioritaire pour justifier l'attribution d'un véhicule de fonction, tandis que 21 % y voient surtout un levier de fidélisation ou de motivation. En parallèle, 56 % indiquent que les véhicules sont attribués selon le domaine d'activité ou la nécessité réelle.
Pour les PME suisses, cette dualité est familière. Dans un marché du travail tendu, proposer un véhicule de fonction électrique moderne peut devenir un argument de recrutement différenciant — à condition que l'infrastructure de recharge soit au rendez-vous, côté employeur comme côté employé.
Suisse : ce que ça change pour votre flotte
Le contexte suisse est, à bien des égards, encore plus favorable à la transition électrique que le marché allemand. Voici les leviers concrets disponibles ici et maintenant :
- Bonus cantonaux à l'achat : Vaud et Genève proposent chacun jusqu'à 3 000 CHF de subvention pour un véhicule électrique, Berne jusqu'à 2 000 CHF. Ces aides s'additionnent souvent à d'autres dispositifs locaux — vérifiez les conditions de votre canton.
- Fiscalité avantageuse : de nombreux cantons suisses accordent une exonération ou une réduction significative de l'impôt sur les véhicules électriques, allégeant directement le coût de détention annuel.
- CHF fort = prix compétitifs : le franc suisse fort rend les véhicules électriques importés de la zone euro structurellement moins chers qu'en Allemagne ou en France. Un avantage tarifaire réel à l'achat.
- Infrastructure de recharge : les grandes agglomérations suisses — Zurich, Genève, Berne, Lausanne — disposent d'un réseau dense via SwissCharge, EVPASS et les opérateurs privés. Pour les flottes urbaines et péri-urbaines, l'autonomie n'est plus un frein.
- Objectif fédéral 2030 : la Confédération vise 50 % de nouveaux véhicules électriques d'ici 2030, avec une pression réglementaire croissante sur les importateurs. Anticiper dès aujourd'hui, c'est éviter de subir demain.
Sur le plan du TCO (coût total de possession), les véhicules électriques affichent en Suisse des avantages significatifs sur la durée : coûts d'énergie inférieurs à ceux du carburant (selon les estimations sectorielles, l'électricité revient en moyenne deux à trois fois moins cher au kilomètre que l'essence), entretien réduit (pas de vidange, moins de pièces d'usure), et fiscalité allégée. Pour une flotte de plusieurs véhicules, l'impact sur le budget annuel peut être substantiel.
Ce que vous devriez faire dès maintenant
Les chiffres allemands ne sont pas anecdotiques : ils préfigurent une évolution qui touche déjà les flottes suisses. Voici trois actions concrètes à engager :
- Auditez votre flotte actuelle : identifiez les véhicules dont le renouvellement est prévu dans les 12 à 24 prochains mois — c'est la fenêtre idéale pour intégrer des modèles électriques.
- Vérifiez les aides de votre canton : les conditions et montants varient, et certains dispositifs sont limités dans le temps ou soumis à des critères d'usage professionnel.
- Planifiez l'infrastructure de recharge : l'installation de bornes sur site (dépôt, parking d'entreprise) est souvent éligible à des aides complémentaires et conditionne la rentabilité réelle du passage à l'électrique.
Le marché ne demande plus si la transition aura lieu. Il demande quand vous allez la planifier.
D'après Elektroauto News CH