Ford tourne une page et en ouvre une autre. Alors que ses ventes de véhicules électriques reculent de 27 % aux États-Unis et que l'activité EV du constructeur affiche des pertes en milliards de dollars en 2025, la marque à l'ovale bleu mise sur une diversification audacieuse : le stockage d'énergie stationnaire. Une décision stratégique qui n'est pas sans conséquences pour les professionnels belges engagés dans la transition énergétique de leur flotte.
Ford Energy : une nouvelle division pour un marché en plein essor
Ford a officiellement créé une unité commerciale baptisée Ford Energy, placée sous la présidence de Lisa Drake, avec John Lawler au poste de vice-président de Ford. La mission est claire : concevoir et commercialiser des systèmes de stockage d'énergie par batterie à grande échelle, destinés aux usages stationnaires — bâtiments industriels, sites de production, hubs logistiques ou parcs de recharge.
L'ambition chiffrée est significative : 20 gigawattheures (GWh) de capacité de stockage par an, avec des premières livraisons programmées pour fin 2027. La production sera assurée depuis l'usine BlueOval-SK dans le Kentucky, capable de générer des systèmes dépassant les 5 mégawattheures (MWh) par unité. Pour se donner une échelle de comparaison, Tesla — leader actuel du marché — a installé environ 45 GWh sur douze mois. Ford part donc loin derrière, mais avec une base industrielle solide héritée de sa production automobile.
Pourquoi ce pivot stratégique a du sens
Le stockage stationnaire est l'un des segments les plus dynamiques de l'énergie décarbonée. Avec la montée en puissance des énergies renouvelables intermittentes (solaire, éolien), les entreprises ont besoin de solutions pour stocker l'électricité produite sur site et lisser leur consommation. Pour Ford, qui maîtrise déjà la chimie des cellules et la gestion des modules de batterie via sa coentreprise BlueOval-SK avec SK On, la transition vers le stationnaire est une valorisation directe de ses actifs industriels.
C'est aussi un pari sur la rentabilité : le marché du stockage stationnaire offre des marges potentiellement supérieures à celles des véhicules électriques, dans un contexte où ces derniers pèsent encore lourd sur les comptes du constructeur. Une diversification de risque classique, mais ici exécutée à une échelle industrielle rare.
Belgique : ce que ça change pour les PME et les flottes
Pour les professionnels belges, cette annonce s'inscrit dans un contexte réglementaire et fiscal particulièrement incitatif — et contraignant à la fois. D'ici 2030, toute entreprise sera tenue de prévoir une infrastructure de recharge sur ses sites. Cela implique une montée en puissance de la demande électrique sur les parkings et entrepôts, avec un risque réel de surcharge du réseau local aux heures de pointe.
C'est précisément là qu'un système de stockage stationnaire prend tout son sens. En couplant des batteries de type Ford Energy (ou équivalentes) à des panneaux photovoltaïques, une PME peut stocker l'énergie solaire produite en journée et l'utiliser pour recharger sa flotte le soir ou la nuit, réduisant ainsi sa facture réseau et son empreinte carbone. Selon les estimations du secteur, un tel système peut permettre de réduire le coût de l'énergie de recharge de 30 à 50 % selon l'usage et le profil de consommation.
Sur le plan fiscal, les entreprises belges bénéficient jusqu'en 2027 d'une déductibilité à 100 % pour les véhicules zéro émission. L'avantage ATN fortement réduit pour les voitures de société électriques allège par ailleurs la charge salariale. Dans ce cadre, optimiser le coût total de possession (TCO) de la flotte passe de plus en plus par la maîtrise du coût de l'énergie — et le stockage stationnaire en est un levier direct.
Les primes régionales renforcent cet intérêt : en Wallonie, la prime PIVERT peut atteindre 4 500 € pour l'acquisition d'un véhicule électrique neuf ; à Bruxelles, jusqu'à 4 000 €. L'extension des zones LEZ à Bruxelles, Anvers et Gand rend par ailleurs urgente la conversion des flottes diesel, ce qui accroît mécaniquement les besoins en recharge — et donc en stockage.
Ce qu'il faut retenir et faire maintenant
Ford Energy ne sera pas disponible en Belgique avant fin 2027 au plus tôt. Mais cette annonce doit inciter les gestionnaires de flottes et dirigeants de PME à anticiper dès aujourd'hui leur stratégie énergétique globale : audit de consommation, pré-équipement en recharge, étude de faisabilité pour le stockage stationnaire. Les décisions prises en 2025 conditionneront directement la compétitivité des entreprises à l'horizon 2028-2030. Ne pas agir, c'est laisser d'autres capter les aides et prendre de l'avance sur le TCO.
D'après Elektroauto News CH