Honda vient de geler indéfiniment un investissement colossal de 15 milliards de dollars canadiens destiné à bâtir une filière électrique complète en Ontario. Derrière cette décision, une perte annuelle historique de 3,68 milliards de dollars et un marché mondial du véhicule électrique qui force chaque constructeur à revoir sa copie. Pour les professionnels français — PME, artisans, gestionnaires de flottes — ce signal d'alarme mérite d'être décrypté avec soin avant de planifier vos prochains achats ou renouvellements de parc.

Un projet pharaonique mis en veille : les faits

Il y a deux ans, Honda avait annoncé en grande pompe la création d'une véritable chaîne de valeur électrique au Canada : usines d'assemblage de véhicules et de fabrication de batteries à Alliston (Ontario), plus deux autres sites à des emplacements non encore divulgués. Le plan prévoyait à lui seul la création de 1 000 emplois directs sur le sol ontarien. C'était l'un des projets industriels les plus ambitieux du secteur automobile nord-américain.

La réalité financière a rattrapé les ambitions. Honda a enregistré pour la première fois de son histoire une perte nette annuelle de 3,68 milliards de dollars. Face à ce résultat, la direction a décidé de suspendre indéfiniment l'ensemble du programme. Fait notable : aucune subvention publique canadienne engagée n'avait encore été versée à l'entreprise, ce qui limite les pertes pour les contribuables mais témoigne aussi de la rapidité avec laquelle la situation s'est dégradée.

Cette suspension n'est pas un simple report technique : elle s'inscrit dans une révision stratégique de fond, après une première pause des plans de modernisation d'usine annoncée dès mai de l'année précédente, avec un rendez-vous de réexamen fixé à deux ans.

Pourquoi ce signal compte pour le marché automobile mondial

Honda n'est pas un acteur marginal : le constructeur japonais est présent au Canada depuis 1986 et figure parmi les grandes références mondiales de la fiabilité et du rapport qualité-prix. Quand un tel constructeur recule sur l'électrique, c'est toute la chaîne d'approvisionnement — matériaux de batteries, composants électroniques, logistique — qui absorbe un choc.

Ce repli traduit une tension structurelle : les coûts de développement des plateformes électriques restent très élevés, la demande grand public monte mais à un rythme inégal selon les marchés, et la guerre des prix — notamment sous l'impulsion des constructeurs chinois — comprime les marges. Plusieurs grands acteurs ont déjà révisé leurs calendriers électriques ces dix-huit derniers mois. Honda rejoint une liste qui s'allonge.

Pour les gestionnaires de flottes, cela peut signifier à moyen terme : des délais de livraison allongés sur certains modèles électriques, des incertitudes sur les gammes futures, et potentiellement moins de pression concurrentielle sur les prix dans certains segments.

France : ce que ça change concrètement pour votre flotte

En France, le cadre réglementaire pousse pourtant clairement vers l'électrique, indépendamment des soubresauts industriels mondiaux. Plusieurs mécanismes actifs aujourd'hui doivent orienter vos décisions :

  • ZFE-m dans 43 agglomérations (Paris, Lyon, Marseille…) : les véhicules Crit'Air 3 sont progressivement interdits de circulation. Pour les artisans et PME circulant en zone urbaine, le basculement vers le véhicule propre n'est plus une option mais une nécessité opérationnelle.
  • Bonus écologique : jusqu'à 7 000 € pour un particulier, 9 000 € pour une entreprise sous conditions. Une aide directe à intégrer dans tout calcul de TCO (coût total de possession).
  • Suramortissement de 40 % sur les véhicules propres en entreprise (base plafonnée à 30 000 €) : un levier fiscal concret pour réduire la charge fiscale réelle de l'acquisition.
  • Leasing social à partir de 100 €/mois pour les ménages modestes éligibles : un dispositif à connaître pour fidéliser et accompagner vos collaborateurs dans leur mobilité personnelle.
  • CEE (Certificats d'Économie d'Énergie) : ils permettent de financer en partie l'installation de bornes de recharge dans vos locaux ou dépôts, réduisant le ticket d'entrée de l'infrastructure.
  • Taxe annuelle sur émissions CO₂ (ex-TVS) : les véhicules émettant moins de 20 g/km bénéficient d'un avantage fort et durable sur la fiscalité de détention.

Concrètement, sur un utilitaire électrique à 35 000 € HT, le cumul du bonus entreprise (9 000 €) et du suramortissement (jusqu'à 12 000 € de base déductible supplémentaire) peut ramener le coût réel de possession à des niveaux comparables — voire inférieurs — à un équivalent thermique, selon les estimations, en intégrant la fiscalité et le différentiel énergétique.

Ce qu'il faut faire maintenant

Le gel du projet Honda rappelle une vérité : les calendriers industriels des constructeurs sont volatils. Miser sur une seule marque ou un seul modèle pour électrifier votre flotte est un risque. Diversifiez vos sources d'approvisionnement, comparez les offres disponibles dès aujourd'hui (notamment sur les segments où l'offre est déjà mature : citadines, utilitaires légers, berlines compactes) et vérifiez votre éligibilité aux aides avant chaque commande — les enveloppes budgétaires sont annuelles et peuvent s'épuiser.

Enfin, si vous êtes situé dans ou près d'une ZFE-m, n'attendez pas la dernière restriction pour agir : les délais de livraison peuvent dépasser six mois sur certains modèles. Anticipez dès maintenant votre plan de renouvellement 2025-2026.

D'après Electric Autonomy CA