Honda vient de suspendre indéfiniment son investissement de 15 milliards de dollars destiné à bâtir une chaîne de valeur complète pour les véhicules électriques en Ontario. Un signal d'alarme pour l'industrie automobile canadienne — mais pas une raison de mettre en pause votre propre stratégie de flotte électrique. Voici ce que les professionnels doivent retenir.
Un projet colossal mis sur glace
Il y a deux ans à peine, Honda annonçait en grande pompe un plan d'une ampleur inédite pour le Canada : des usines d'assemblage de véhicules et de fabrication de batteries à Alliston, en Ontario, ainsi que d'autres installations à des emplacements non divulgués dans la province. À la clé : la création de 1 000 emplois directs et le positionnement du Canada comme acteur central de la filière électrique nord-américaine.
Aujourd'hui, ce chantier est suspendu sine die. La raison principale est financière : Honda a enregistré une perte annuelle de 3,68 milliards de dollars, une première dans l'histoire centenaire du constructeur. Dans ce contexte, le groupe a décidé de revoir l'ensemble de ses engagements d'investissement à l'échelle mondiale. Dès mai de l'année précédente, une pause avait déjà été annoncée pour les plans de retooling à Alliston, avec une révision prévue deux ans plus tard — nous y sommes, et la réponse est un gel prolongé.
Un point important pour les contribuables et les décideurs politiques : aucun des fonds publics promis par les gouvernements n'a encore été versé à Honda. L'exposition financière de l'État est donc, pour l'instant, nulle.
Canada : ce que ça change pour la transition électrique
Pour les gestionnaires de flottes et les PME canadiennes, la question est simple : est-ce que cette suspension remet en cause l'accès aux véhicules électriques et aux aides disponibles ? La réponse est non — du moins à court et moyen terme.
Les programmes d'aide gouvernementaux sont toujours en vigueur et cumulables :
- Programme fédéral iVZEV : jusqu'à 5 000 $ CAD pour l'achat d'un VE dont le prix est inférieur à 55 000 $ CAD, et 2 500 $ CAD pour un PHEV éligible.
- Québec — Roulez vert : jusqu'à 8 000 $ CAD de rabais, cumulable avec le fédéral, ce qui peut représenter une économie totale de 13 000 $ CAD à l'achat.
- Colombie-Britannique — CleanBC : jusqu'à 4 000 $ CAD de rabais provincial supplémentaire.
- Ontario : le programme provincial a été supprimé en 2018. La pression politique pour sa réintroduction s'intensifie, notamment à la lumière de la suspension des projets industriels comme celui de Honda — mais rien n'est acté à ce jour.
Par ailleurs, le réseau de recharge continue de se densifier rapidement à l'échelle nationale, avec des déploiements accélérés par CAA, Petro-Canada et le réseau Tesla Supercharger, désormais ouvert à d'autres marques. Pour les flottes opérant en zone urbaine ou sur des corridors inter-villes bien desservis, l'infrastructure n'est plus un frein majeur.
Attention toutefois aux défis spécifiques au climat canadien : l'autonomie des batteries peut chuter de 20 à 40 % par grand froid (jusqu'à -30 °C selon les régions), ce qui impose une planification rigoureuse des recharges pour les flottes opérant en milieu nordique ou rural.
Impact TCO : les chiffres qui parlent aux pros
La suspension du projet Honda ne modifie pas les fondamentaux économiques de l'électrique pour une flotte professionnelle. Sur un horizon de cinq ans, et en tenant compte des aides disponibles, le coût total de possession (TCO) d'un véhicule utilitaire électrique reste compétitif face à son équivalent thermique :
- Carburant : recharger un VE léger revient, selon les estimations, à environ 2 à 3 $ CAD par 100 km en recharge nocturne à domicile ou en dépôt, contre 10 à 14 $ CAD pour un thermique équivalent avec l'essence à son prix actuel.
- Entretien : absence de vidange, moins de pièces d'usure — selon les estimations du secteur, l'entretien d'un VE coûte en moyenne 30 à 40 % moins cher sur cinq ans.
- Aides à l'achat : avec les rabais cumulés (fédéral + provincial), le différentiel de prix à l'acquisition se réduit considérablement, rendant le seuil de rentabilité atteignable en deux à trois ans pour la plupart des usages professionnels intensifs.
Honda reste présent au Canada depuis 1986 et maintient ses opérations de fabrication actuelles. L'offre VE du constructeur sur le marché canadien n'est pas remise en cause à court terme — mais les futures lignes électriques produites localement ne sont plus garanties dans le calendrier initial.
Ce que vous devriez faire maintenant
La suspension du projet Honda est un avertissement sur la volatilité de l'industrie, pas un signal de recul pour vos propres décisions d'achat. Les aides existent, le réseau se développe, et le TCO joue en faveur de l'électrique pour les usages intensifs. Voici trois actions concrètes pour les gestionnaires de flottes :
- Auditez vos usages réels : distance quotidienne, accès à la recharge au dépôt, températures hivernales moyennes de votre zone d'opération.
- Calculez votre TCO sur 5 ans en intégrant les rabais disponibles dans votre province — le résultat peut surprendre.
- Surveillez l'évolution de la politique ontarienne : un retour des aides provinciales en Ontario changerait significativement l'équation pour les flottes basées dans la province la plus peuplée du pays.
D'après Electric Autonomy CA