Pendant que le VDA, le puissant lobby de l'industrie automobile allemande, réclame davantage de « flexibilité technologique » pour ralentir la transition vers l'électrique, les chiffres de ventes de ses propres membres racontent une tout autre histoire. Pour les gestionnaires de flottes et les PME suisses, ce décalage mérite d'être décrypté — car les décisions d'achat se prennent maintenant, pas en 2035.

Le discours du VDA face à la réalité des marchés

L'association allemande des constructeurs automobiles (VDA) agite régulièrement le spectre des destructions d'emplois pour justifier un assouplissement des normes européennes sur les émissions de CO₂. Le chiffre avancé est lourd : 125 000 emplois supplémentaires menacés d'ici 2035, en plus des 100 000 suppressions déjà enregistrées depuis 2019. Une inquiétude légitime sur le plan social, mais qui peine à masquer une réalité commerciale contradictoire.

Car pendant que le lobby plaide pour le statu quo technologique, BMW affiche une hausse de 3 % de ses livraisons en Europe au premier trimestre 2026, dont +10,7 % en Allemagne seule. Plus frappant encore : les commandes de véhicules électriques BMW en Europe dépassent de 40 % celles de la même période l'an passé. Désormais, plus de 50 % des BMW X3 commandés en Europe sont des versions 100 % électriques (iX3). Mercedes enregistre de son côté une croissance de 34 % des ventes électriques en Europe, et de 36 % sur le seul marché allemand. Volkswagen voit sa part de véhicules électriques progresser de 19 % à 20 % en Europe occidentale.

En avril 2026, le marché européen du véhicule électrique a franchi le cap des 400 000 unités vendues sur un seul mois, soit une progression de 27 % en glissement annuel. Ce n'est plus une tendance de niche : c'est un basculement structurel.

La Chine, miroir d'un futur déjà présent

Pour comprendre où va le marché mondial, un regard vers la Chine s'impose. En avril, la pénétration combinée des véhicules électriques et hybrides rechargeables y a atteint 61,4 % du marché. Parmi les dix modèles les plus vendus dans le pays, neuf sont électrifiés. Dans ce contexte, Volkswagen accuse pourtant une baisse de 14,8 % de ses ventes totales en Chine — un signal d'alarme qui illustre les risques d'une transition trop lente face à une concurrence locale agressive.

Pour les constructeurs européens, la « flexibilité technologique » réclamée par le VDA ressemble donc moins à une stratégie industrielle qu'à un outil de gestion du temps — au risque de perdre du terrain sur les marchés en croissance rapide.

Suisse : ce que ça change pour votre flotte

Pour un artisan ou un gestionnaire de flotte basé en Suisse, cette dynamique a des implications très concrètes. Le marché se resserrant autour de l'électrique, le choix de modèles thermiques compétitifs en valeur résiduelle sera de plus en plus limité — et leur décote, de plus en plus rapide.

À l'inverse, plusieurs leviers rendent l'électrique particulièrement attractif en Suisse dès aujourd'hui :

  • Bonus cantonaux : jusqu'à 3 000 CHF à Vaud et Genève, 2 000 CHF à Berne — cumulables avec d'autres dispositifs selon les cantons.
  • Exonération ou réduction de l'impôt sur les véhicules dans de nombreux cantons, un avantage direct sur le coût total de possession (TCO).
  • Franc suisse fort : les véhicules importés de la zone euro, comme les BMW iX3 ou Mercedes EQA, sont proposés à des prix compétitifs en CHF par rapport à leurs équivalents en Europe.
  • Réseau de recharge dense : SwissCharge, EVPASS et les infrastructures des grandes agglomérations couvrent l'essentiel des besoins professionnels quotidiens.
  • Objectif fédéral CO₂ : les importateurs sont soumis à des quotas stricts, ce qui maintient une pression sur l'offre de véhicules électriques — et donc sur la disponibilité des modèles les plus demandés.

Sur le plan du TCO, selon les estimations du secteur, un véhicule électrique de segment C ou D utilisé en flotte en Suisse peut afficher un coût au kilomètre inférieur de 15 à 25 % à son équivalent thermique, en intégrant les économies d'énergie, la fiscalité réduite et la moindre fréquence d'entretien.

Ce qu'il faut retenir — et faire maintenant

Le débat sur la « flexibilité technologique » est avant tout un débat politique. Les marchés, eux, ont déjà tranché. Pour les professionnels suisses, attendre que la poussière retombe sur les discussions bruxelloises serait une erreur stratégique : les modèles électriques les plus demandés (comme le BMW iX3) affichent déjà des carnets de commandes en forte hausse, et les aides cantonales ne sont pas éternelles.

Consultez dès maintenant votre canton pour connaître les conditions exactes d'éligibilité aux bonus, et demandez à votre importateur un chiffrage TCO sur 4 ans incluant les avantages fiscaux locaux. La transition n'est plus une question de conviction — c'est une question de timing.

D'après Elektroauto News CH