Le leasing de véhicules électriques ne fait pas que mettre des VE sur les routes : il fabrique, à intervalles réguliers, un marché de l'occasion. Pour les PME, artisans et gestionnaires de flottes français, comprendre cette mécanique devient stratégique — d'autant que le contexte réglementaire et fiscal hexagonal offre des leviers puissants pour en tirer parti.
Le leasing comme moteur du marché d'occasion électrique
Max Nastold, directeur général de KazenMaier Leasing depuis au moins 2011, le résume clairement : pour que le marché de l'occasion électrique soit sain et structuré, les véhicules de location doivent effectuer au moins deux à trois cycles de vie sur le marché. En clair, un VE sorti d'un premier contrat de leasing ne doit pas disparaître des radars : il doit nourrir une offre d'occasion accessible, avec un historique d'entretien traçable et une valeur résiduelle maîtrisée.
Cette logique de filière est encore en construction en France, mais elle prend de la consistance. La multiplication des contrats de leasing — portée notamment par le leasing social à partir de 100 €/mois pour les ménages modestes — va mécaniquement injecter dans les deux à quatre prochaines années un volume croissant de VE d'occasion sur le marché secondaire. Pour les professionnels qui savent anticiper, c'est une fenêtre d'opportunité.
TCO électrique : les chiffres qui font la différence
Les données terrain sont parlantes. Nastold lui-même a parcouru environ 9 500 kilomètres en 56 jours avec son véhicule électrique en usage quotidien, confirmant que des trajets de 20 à 30 km par jour ne nécessitent aucune autonomie étendue. Pour un artisan ou un commercial en zone urbaine ou péri-urbaine, la grande majorité des usages est donc parfaitement couverte par les VE disponibles aujourd'hui.
Sur le plan économique, les estimations avancées pour une utilisation annuelle de 40 000 kilomètres font état d'économies sur les coûts variables de l'ordre de 3 000 euros par an par rapport à un véhicule thermique équivalent — carburant, entretien et fluides confondus. Sur la durée d'un contrat de leasing de trois ans, cela représente une économie potentielle de 9 000 euros à intégrer dans tout calcul de TCO sérieux.
France : ce que ça change pour les professionnels
Le contexte français amplifie considérablement l'intérêt du passage à l'électrique pour les flottes professionnelles :
- ZFE-m dans 43 agglomérations (Paris, Lyon, Marseille…) : les véhicules Crit'Air 3 sont progressivement interdits de circulation. Pour une PME dont les équipes opèrent en zone dense, le calendrier ZFE n'est plus une option à surveiller — c'est une contrainte de planification immédiate.
- Bonus écologique jusqu'à 9 000 € pour les entreprises (sous conditions), réduisant significativement le coût d'entrée sur un VE neuf ou en sortie de leasing.
- Suramortissement de 40 % sur les véhicules propres acquis par les entreprises, calculé sur une base plafonnée à 30 000 € : un avantage fiscal direct à intégrer dans la négociation du loyer ou du prix de rachat.
- Taxe annuelle sur émissions CO₂ (ex-TVS) : les véhicules émettant moins de 20 g/km bénéficient d'un avantage fort, allégeant la fiscalité de flotte de façon durable.
- CEE (Certificats d'Économie d'Énergie) : ils peuvent financer tout ou partie de l'installation de bornes de recharge en entreprise, un poste souvent sous-estimé dans le calcul du TCO global.
En 2017, l'archidiocèse de Fribourg avait déjà converti un tiers de son parc aux VE — preuve que même des organisations aux contraintes logistiques complexes peuvent franchir le pas avec une planification adaptée.
Ce que les gestionnaires de flottes doivent faire maintenant
La structuration du marché de l'occasion électrique en France est en cours, mais elle ne se fera pas sans les professionnels qui choisissent d'anticiper. Trois actions concrètes à engager dès aujourd'hui :
- Auditer vos usages réels : kilométrage quotidien, zones de circulation, contraintes de recharge. La majorité des flottes de proximité sont éligibles au tout-électrique dès maintenant.
- Intégrer les aides dans votre TCO : bonus, suramortissement, CEE et avantages sur la taxe CO₂ changent radicalement l'équation financière. Faites-vous accompagner par un conseiller spécialisé.
- Anticiper la valeur résiduelle : négociez dès la signature du contrat les conditions de rachat ou de renouvellement. La stabilité des valeurs résiduelles des VE s'améliore avec la maturité du marché.
Le leasing électrique n'est plus un pari sur l'avenir — c'est un outil de gestion de flotte à part entière, avec des règles du jeu que les professionnels français ont tout intérêt à maîtriser maintenant.
D'après Elektroauto News CH