MAN franchit une étape décisive dans l'électrification du transport de marchandises en présentant l'eTGM à Milan : un camion de distribution 16 tonnes 100 % électrique, attendu à la commercialisation dès l'année prochaine. Pour les PME, artisans et gestionnaires de flottes français, ce lancement tombe à un moment charnière où les contraintes réglementaires et les leviers financiers rendent la transition de plus en plus incontournable.
L'eTGM en détail : un 16 tonnes taillé pour la distribution urbaine
L'eTGM est la déclinaison zéro émission du TGM, modèle de MAN (filiale du groupe Traton) positionné sur le segment du transport de distribution en charge moyenne. Avec ses 16 tonnes de capacité, il s'adresse directement aux opérateurs de livraison du dernier kilomètre, aux artisans du bâtiment gérant des approvisionnements réguliers, ou encore aux enseignes de grande distribution dotées de flottes propres.
Présenté officiellement à Milan, l'eTGM bénéficie de l'expérience industrielle de MAN sur le segment électrique lourd, déjà engagé avec le eTGX sur le transport longue distance. Ce positionnement 16 tonnes est stratégique : il couvre la grande majorité des usages de distribution régionale sans dépasser les seuils de permis spécifiques, tout en offrant une capacité de charge utile réelle compétitive face aux équivalents thermiques.
France : ce que ça change pour votre flotte
La France est l'un des marchés européens où l'urgence de la transition est la plus tangible. Plusieurs facteurs convergent pour faire de l'eTGM une option sérieuse dès sa mise sur le marché.
- ZFE-m dans 43 agglomérations : Paris, Lyon, Marseille et de nombreuses métropoles régionales durcissent progressivement l'accès aux véhicules Crit'Air 3 et au-delà. Un 16 tonnes électrique comme l'eTGM circule sans restriction, préservant l'accès aux zones les plus denses — là où se concentrent précisément les flux de distribution.
- Suramortissement à 40 % : Les entreprises acquérant un véhicule propre peuvent déduire 140 % de sa valeur d'acquisition fiscalement (base plafonnée à 30 000 €). Sur un camion de ce gabarit, l'économie fiscale réelle peut représenter plusieurs milliers d'euros sur la durée d'amortissement.
- Taxe annuelle sur les émissions CO₂ : L'ancienne TVS a été remplacée par une taxe directement indexée sur les émissions. Un véhicule émettant moins de 20 g/km de CO₂ — ce qu'est tout électrique — bénéficie d'un avantage fort et récurrent, année après année.
- CEE pour les bornes de recharge : Les Certificats d'Économie d'Énergie permettent de cofinancer l'installation de bornes en entreprise, réduisant significativement le coût d'infrastructure, souvent perçu comme un frein à l'électrification des flottes lourdes.
TCO : la vraie équation pour les gestionnaires de flotte
Le coût total de possession (TCO) reste le nerf de la guerre. Si le prix d'achat d'un camion électrique de 16 tonnes demeure — selon les estimations du marché — supérieur à son équivalent diesel à l'acquisition, la balance se rééquilibre rapidement sur plusieurs postes :
- Coût énergétique : L'électricité, même au tarif professionnel, offre un coût au kilomètre inférieur au gazole, particulièrement dans un contexte de volatilité des prix du carburant fossile.
- Maintenance réduite : Moins de pièces mécaniques soumises à usure (embrayage, boîte de vitesses, filtres à particules…), ce qui allège structurellement le budget entretien.
- Avantages fiscaux cumulables : Suramortissement + exonération de taxe CO₂ + éventuel bonus écologique (jusqu'à 9 000 € pour les entreprises sous conditions) peuvent, selon les estimations, couvrir une part non négligeable du surcoût à l'achat.
La rentabilité de l'opération dépendra aussi de l'usage réel : un profil de livraison urbaine quotidienne avec retour à la base — cas le plus fréquent dans la distribution — est idéal pour optimiser la recharge et maximiser l'utilisation.
Notre recommandation pour passer à l'action
La commercialisation de l'eTGM dès l'année prochaine laisse une fenêtre de préparation utile. Concrètement, les gestionnaires de flotte ont tout intérêt à engager dès maintenant trois démarches :
- Cartographier leurs tournées pour identifier les véhicules les plus exposés aux ZFE et ceux dont le profil d'usage correspond à un 16 tonnes électrique.
- Contacter leur installateur électrique pour évaluer les travaux nécessaires à la mise en place de bornes de recharge, en mobilisant les CEE disponibles.
- Solliciter leur réseau MAN ou leur conseiller fiscal pour chiffrer précisément l'impact du suramortissement et des exonérations de taxe sur leur situation spécifique.
L'eTGM n'est pas seulement une réponse à la réglementation : c'est une opportunité de rationaliser les coûts d'exploitation sur le long terme, tout en se positionnant en avance de phase sur des obligations qui ne feront que se renforcer.
D'après Electrive EN