MAN franchit un cap décisif avec la présentation en série de son eTGM électrique à Milan : un porteur de 16 tonnes conçu pour la distribution urbaine de moyenne importance. Derrière ce lancement porté par Traton, la maison mère du constructeur allemand, c'est toute une filière de livraison du dernier kilomètre qui se retrouve interpellée. Pour les PME, artisans et gestionnaires de flottes belges, le timing n'est pas anodin.

Un camion de distribution taillé pour la ville

Le TGM est depuis longtemps un pilier de la distribution régionale en Europe. MAN avait déjà produit une première série électrique il y a quelques années, mais c'est aujourd'hui une version véritablement industrialisée et commercialisable qui entre en scène. Avec ses 16 tonnes de charge utile, l'eTGM s'adresse directement aux opérateurs qui assurent des tournées en zones denses : livraisons de marchandises générales, approvisionnement de commerces, collecte, ou encore logistique hospitalière.

L'électrification à grande échelle du TGM, désormais en cours chez MAN, marque une ambition claire : ne plus cantonner l'électrique aux seuls poids lourds de niche ou aux utilitaires légers, mais couvrir le segment intermédiaire qui représente une part très significative des flux urbains. Pour les gestionnaires de flottes mixtes, cela ouvre la voie à une homogénéisation de l'énergie utilisée sur les véhicules de distribution.

Belgique : ce que ça change concrètement

Le contexte belge est particulièrement favorable à l'arrivée de ce type de véhicule. Plusieurs leviers jouent simultanément :

  • Déductibilité fiscale à 100 % pour tout véhicule zéro émission acquis jusqu'en 2027 : un avantage comptable majeur pour les sociétés qui investissent maintenant plutôt que d'attendre.
  • Primes régionales : la Wallonie propose jusqu'à 4 500 € via le programme PIVERT, Bruxelles jusqu'à 4 000 € pour un véhicule électrique neuf. Ces montants, cumulables selon les cas avec d'autres dispositifs, réduisent sensiblement le delta d'acquisition par rapport à un équivalent diesel.
  • LEZ en expansion : Bruxelles, Anvers et Gand ont déjà instauré des zones à basses émissions, avec des extensions prévues à moyen terme. Un camion diesel de distribution qui entre dans ces périmètres aujourd'hui sera progressivement exclu ou soumis à péage. L'eTGM, zéro émission à l'usage, passe ces barrières sans contrainte.
  • Obligation d'infrastructure de recharge en entreprise dès 2030 : anticiper l'achat d'un véhicule électrique, c'est aussi anticiper cet investissement en bornes — mais c'est surtout éviter de le faire dans la précipitation et hors de tout cadre fiscal avantageux.

Pour les PME qui opèrent en zone urbaine, le message est simple : chaque année de retard réduit la fenêtre des avantages fiscaux maximaux et rapproche les échéances réglementaires contraignantes.

TCO : l'équation économique pour un opérateur belge

Le coût total de possession (TCO) est l'indicateur clé pour tout achat de véhicule professionnel. Si le prix d'achat d'un porteur électrique 16 tonnes reste supérieur à son homologue diesel — selon les estimations du marché, l'écart se situerait entre 30 000 et 60 000 € selon les configurations — plusieurs facteurs jouent en faveur de l'électrique sur la durée :

  • Le coût de l'énergie à la recharge est structurellement inférieur au gazole pour des kilométrages journaliers maîtrisés, typiques de la distribution urbaine.
  • L'entretien d'un groupe motopropulseur électrique est significativement moins coûteux : pas de vidange, moins de pièces soumises à l'usure mécanique.
  • La déductibilité à 100 % réduit l'assiette imposable dès la première année, améliorant le cash-flow opérationnel.
  • Les primes régionales viennent directement abaisser le coût d'entrée.

Sur 5 à 7 ans, selon les estimations des analystes du secteur, le TCO d'un porteur électrique bien intégré peut se rapprocher, voire dépasser à l'avantage de l'électrique, celui d'un équivalent thermique — surtout si les prix du gazole restent volatils.

Ce que doivent faire les professionnels belges dès aujourd'hui

L'arrivée en série de l'eTGM est un signal fort : l'offre industrielle sur ce segment se consolide. Pour les opérateurs belges, la démarche rationnelle est la suivante : évaluer dès maintenant vos cycles de tournées (kilométrage journalier, points de dépôt, accès aux LEZ) pour déterminer si un porteur 16 tonnes électrique correspond à votre usage réel. Ensuite, consultez votre expert-comptable ou conseiller fiscal pour modéliser le TCO intégrant les avantages belges disponibles jusqu'en 2027. Enfin, renseignez-vous auprès de votre concessionnaire MAN pour les délais de disponibilité et les conditions commerciales en vigueur sur le marché belge.

Ne pas agir, c'est laisser d'autres capter les aides et prendre de l'avance opérationnelle sur vos marchés de livraison.

D'après Electrive DE