Quatre constructeurs majeurs, 1 000 kilomètres de route, un seul carburant : l'électricité. La démonstration organisée de Paris à Berlin par Milence marque une étape symbolique et technique pour le transport routier lourd zéro émission. Pour les gestionnaires de flottes et transporteurs belges, ce signal ne peut plus être ignoré.
Ce qui s'est passé : une démonstration grandeur nature
Milence, l'un des opérateurs de référence en matière de recharge pour poids lourds électriques en Europe, a inauguré un nouveau site de recharge sur l'autoroute près de Kassel-Lohfelden, en Allemagne. Ce hub a été mis à l'épreuve lors d'un parcours de démonstration de 1 000 kilomètres reliant Paris à Berlin.
Quatre acteurs incontournables du secteur ont participé à cette opération : Daimler Truck, MAN, Volvo Trucks et Renault Trucks. Chacun a engagé ses propres camions électriques, transformant ce trajet en véritable test de corridor longue distance. Le résultat : la faisabilité opérationnelle d'un axe électrique Europe de l'Ouest – Europe centrale est désormais démontrée, même si les conditions d'exploitation en conditions réelles de charge et de météo restent à confirmer à grande échelle.
Ce qui est significatif ici, c'est moins la prouesse technique que le signal industriel : quand Daimler, MAN, Volvo et Renault roulent ensemble sur le même corridor, c'est que l'infrastructure commence à suivre la technologie.
TCO et économies : ce que les chiffres suggèrent pour les flottes lourdes
La question centrale pour tout gestionnaire de flotte reste celle du coût total de possession (TCO). Un camion électrique de longue distance affiche aujourd'hui un prix d'achat sensiblement supérieur à son équivalent diesel — selon les estimations du marché, l'écart peut atteindre 50 à 80 % selon les configurations. Mais cette comparaison brute masque plusieurs leviers décisifs.
- Coût à l'énergie : un camion électrique consomme environ 1,0 à 1,4 kWh par kilomètre selon le tonnage et le relief. Aux tarifs professionnels belges actuels, et selon les estimations, le coût au kilomètre énergétique reste inférieur au diesel, surtout avec une recharge optimisée en heures creuses.
- Entretien réduit : moins de pièces mécaniques mobiles signifie, selon les retours d'expérience des premiers utilisateurs, des coûts de maintenance potentiellement inférieurs de 20 à 30 % sur la durée.
- Déductibilité fiscale à 100 % en Belgique pour tout véhicule zéro émission acquis jusqu'en 2027 : un avantage fiscal direct qui réduit significativement l'investissement net pour une PME ou un indépendant.
Ces éléments combinés permettent d'envisager un point de bascule TCO favorable à l'électrique dès la quatrième ou cinquième année d'exploitation, selon les estimations — à condition que l'infrastructure de recharge soit accessible sur les trajets concernés.
Belgique : ce que ça change pour les transporteurs locaux
La Belgique n'est pas spectatrice de cette transition : elle en est un maillon logistique central, coincée entre les grands axes Paris-Amsterdam et Paris-Berlin. Voici ce que ce contexte implique concrètement :
- LEZ en expansion : Bruxelles, Anvers et Gand ont déjà leurs zones à faibles émissions. Leur extension prévue va progressivement exclure les camions diesel des centres urbains, rendant les alternatives électriques non plus optionnelles, mais indispensables pour les tournées de livraison urbaine.
- Obligation de recharge en entreprise dès 2030 : toute entreprise disposant d'un parc de véhicules devra proposer une infrastructure de recharge. Anticiper dès maintenant, c'est lisser l'investissement et éviter une mise en conformité précipitée.
- Aides régionales cumulables : en Wallonie, la prime PIVERT peut atteindre 4 500 € pour un véhicule électrique neuf. À Bruxelles, la prime régionale monte jusqu'à 4 000 €. Ces dispositifs, même pensés initialement pour les voitures, ouvrent la réflexion sur les véhicules utilitaires légers électriques pour les PME et artisans.
- Corridors européens : l'axe Paris-Berlin passe par la Belgique ou la longe de près. L'émergence de hubs Milence sur les autoroutes allemandes est une bonne nouvelle directe pour les transporteurs belges qui desservent les marchés néerlandais, allemand ou polonais.
Ce qu'il faut faire maintenant
Le message de cette démonstration est clair : le transport lourd électrique longue distance n'est plus un concept de salon. Les constructeurs y croient, les opérateurs d'infrastructure investissent, et la réglementation européenne pousse dans le même sens avec les normes CO₂ pour poids lourds renforcées d'ici 2030.
Pour un transporteur ou gestionnaire de flotte belge, les actions concrètes à engager dès aujourd'hui sont simples : cartographier vos corridors de transport réguliers, identifier les points de recharge disponibles ou planifiés sur ces axes, et simuler votre TCO avec un conseiller spécialisé en intégrant les avantages fiscaux belges actuels. La déductibilité à 100 % prend fin en 2027 — chaque trimestre compte.
D'après Electrive EU (BE)