L'Allemagne pousse à assouplir les objectifs CO2 européens pour les voitures neuves d'ici 2035. Une analyse de l'organisation Transport & Environment (T&E) révèle que ces propositions pourraient sérieusement compromettre la transition électrique sur le continent — avec des conséquences bien concrètes pour les automobilistes belges qui planifient leur passage à un véhicule zéro émission.

Ce que l'Allemagne veut modifier — et pourquoi ça inquiète

La Commission européenne a fixé un objectif clair : 85 % des voitures neuves immatriculées en 2035 devront être entièrement électriques. Mais Berlin souhaite revoir les règles du jeu, notamment en modifiant l'évaluation du facteur d'utilisation appliqué aux véhicules hybrides rechargeables (PHEV). Concrètement, cela permettrait aux constructeurs de comptabiliser ces véhicules plus favorablement dans leurs calculs de flotte, réduisant la pression à produire des voitures 100 % électriques.

Le résultat, selon la modélisation de T&E, serait brutal : la part des véhicules électriques en 2035 tomberait à 53 à 76 % seulement, loin de l'objectif des 85 %. Sur le plan climatique, ces propositions génèreraient entre 1,1 et 2,2 milliards de tonnes de CO2 supplémentaires entre 2025 et 2050. Et côté économique, le surcoût en importations pétrolières pour l'Europe s'élèverait à 7 à 15 milliards d'euros entre 2026 et 2035.

À titre de comparaison, les véhicules électriques allemands immatriculés entre 2015 et 2025 ont permis d'éviter la consommation de 46 millions de barils de pétrole et d'économiser 3,5 milliards d'euros en importations. Un acquis que ces propositions risquent de compromettre à l'échelle du continent.

Belgique : ce que ça change pour vous

Pour un particulier belge qui envisage de passer à l'électrique, ce débat européen n'est pas qu'une querelle de technocrates. Il conditionne directement l'offre de modèles disponibles, leurs prix et la dynamique des aides publiques. Et en Belgique, ces aides sont aujourd'hui encore très attractives.

  • Prime PIVERT en Wallonie : jusqu'à 4 500 € pour l'achat d'un véhicule électrique neuf, sous conditions de revenus.
  • Prime régionale à Bruxelles : jusqu'à 4 000 € pour les particuliers passant à l'électrique.
  • Déductibilité fiscale à 100 % pour les véhicules zéro émission achetés jusqu'en 2027 — un avantage clé si vous disposez de revenus professionnels.
  • ATN réduit pour les voitures de société électriques, rendant la lease électrique très compétitive face au thermique.
  • LEZ (Low Emission Zones) : Bruxelles, Anvers et Gand restreignent déjà la circulation des véhicules polluants, avec des extensions prévues. Un véhicule thermique acheté aujourd'hui pourrait rapidement se retrouver exclu de zones entières.

Si les normes européennes s'assouplissent sous pression allemande, les constructeurs auront moins d'incitation à proposer des modèles électriques abordables. L'offre pourrait se concentrer sur les segments premium, rendant l'accès à l'électrique plus difficile pour les ménages à revenus moyens — précisément ceux que les primes wallonnes et bruxelloises cherchent à accompagner.

TCO : l'électrique reste gagnant en Belgique, malgré l'incertitude

Même dans un contexte réglementaire incertain, le calcul économique reste favorable à l'électrique pour un usage quotidien en Belgique. En combinant une prime régionale (jusqu'à 4 500 € en Wallonie), un coût énergétique à la recharge nettement inférieur à l'essence ou au diesel, et des frais d'entretien réduits (pas de vidange, moins de pièces d'usure), le coût total de possession (TCO) sur 5 ans d'une citadine électrique est généralement inférieur à celui d'un équivalent thermique, selon les estimations du secteur.

À cela s'ajoute l'obligation pour les entreprises de déployer une infrastructure de recharge dès 2030 : un signal fort que l'écosystème électrique en Belgique continuera de se développer, quelle que soit l'issue du débat européen sur les normes CO2.

Ce qu'il faut faire maintenant

L'incertitude réglementaire au niveau européen ne doit pas paralyser vos décisions. Au contraire : les conditions actuelles en Belgique sont parmi les plus favorables de l'histoire pour passer à l'électrique. La déductibilité à 100 % court jusqu'en 2027, les primes régionales sont actives, et les LEZ vont continuer de s'étendre. Attendre pourrait signifier moins d'aides, une offre moins diversifiée et un risque accru de dépréciation pour un véhicule thermique acheté aujourd'hui.

Comparez les modèles disponibles, simulez votre TCO avec les aides auxquelles vous avez droit selon votre région, et anticipez vos besoins en recharge à domicile. La fenêtre d'opportunité est ouverte — mais elle ne le restera pas indéfiniment.

D'après Elektroauto News CH