Les propositions allemandes visant à assouplir les normes CO2 européennes sur les flottes automobiles pourraient sérieusement freiner l'électrification du parc de véhicules en Europe — et par ricochet, en Suisse. Une analyse de l'organisation Transport & Environment (T&E) chiffre les risques : des milliards d'euros perdus, des millions de tonnes de CO2 supplémentaires, et un marché automobile électrique qui pourrait manquer ses objectifs de décennie. Voici ce que tout acheteur suisse doit comprendre avant de prendre sa décision.

Ce que propose l'Allemagne — et pourquoi ça dérange

La Commission européenne a fixé un cap clair : 85 % des voitures neuves immatriculées en 2035 devront être 100 % électriques. Un objectif ambitieux, mais cohérent avec les engagements climatiques du continent. L'Allemagne, de son côté, pousse pour modifier les règles du jeu, notamment en révisant l'évaluation du facteur d'utilisation des véhicules hybrides rechargeables (PHEV) — un paramètre technique qui détermine comment ces véhicules "comptent" dans le calcul des émissions moyennes de flotte des constructeurs.

Résultat selon la modélisation de T&E : si ces propositions passaient, la part des véhicules électriques en 2035 tomberait à 53 à 76 % seulement, au lieu des 85 % ciblés. Ce n'est pas qu'une question de symboles. Entre 2026 et 2035, ce recul se traduirait par 7 à 15 milliards d'euros de surcoût en importations pétrolières supplémentaires pour l'Europe. Et sur le long terme, de 2025 à 2050, ces compromis généreraient 1,1 à 2,2 milliards de tonnes de CO2 additionnelles — l'équivalent de plusieurs années d'émissions d'un grand pays européen.

Pour illustrer ce que l'électrification rapide a déjà permis d'éviter : entre 2015 et 2025, les seuls véhicules électriques allemands ont économisé 3,5 milliards d'euros en importations pétrolières et évité la consommation de 46 millions de barils de pétrole. Reculer maintenant reviendrait à sacrifier une dynamique déjà prouvée.

Suisse : ce que ça change pour votre prochain achat

La Suisse n'est pas membre de l'Union européenne, mais elle est profondément liée à ses dynamiques industrielles. Le parc automobile helvétique est largement alimenté par des constructeurs européens, et la réglementation suisse sur les émissions CO2 des importateurs s'aligne historiquement sur les normes européennes. Si Bruxelles cède aux pressions allemandes, plusieurs effets concrets sont à anticiper :

  • Une offre de VE potentiellement réduite : moins de pression réglementaire sur les constructeurs signifie moins d'incitation à électrifier rapidement leur gamme accessible.
  • Des délais de livraison allongés sur les modèles les plus demandés, si la production électrique n'est pas priorisée.
  • Un risque pour l'objectif suisse de 50 % de nouveaux véhicules électriques d'ici 2030 : difficile à atteindre si l'offre constructeur ne suit pas.

À l'inverse, le franc fort reste un atout structurel pour les acheteurs suisses : les véhicules produits en zone euro sont mécaniquement moins chers une fois convertis en CHF, ce qui compense en partie les hausses de prix liées aux tensions sur les matières premières.

Sur le plan des aides, la Suisse maintient un cadre incitatif solide. Les cantons de Vaud et Genève offrent 3 000 CHF de bonus à l'achat, Berne 2 000 CHF. De nombreux cantons accordent également une exonération ou réduction de l'impôt sur les véhicules. Ajoutez à cela un réseau de recharge dense dans les grandes agglomérations (SwissCharge, EVPASS…) et le coût total de possession (TCO) d'un VE reste largement compétitif face à un thermique équivalent — selon les estimations, l'économie sur le carburant et l'entretien peut atteindre plusieurs milliers de francs sur cinq ans.

Hybrides rechargeables : attention aux faux amis

L'un des nœuds du débat européen porte précisément sur les hybrides rechargeables. Ces véhicules bénéficient d'une image "intermédiaire" rassurante, mais leur empreinte réelle dépend entièrement de l'usage qui en est fait. Un PHEV rechargé régulièrement et utilisé principalement en mode électrique peut s'avérer pertinent. En revanche, un PHEV roulant majoritairement à l'essence — ce qui est fréquent selon plusieurs études indépendantes — émet souvent autant, voire plus, qu'un hybride classique.

Si les normes européennes sont assouplies en faveur de ces véhicules, le signal envoyé aux acheteurs serait trompeur : on achèterait un PHEV en croyant "faire le bon geste" sans que l'impact environnemental réel le justifie. En Suisse, où l'objectif CO2 fédéral pèse sur les importateurs, ce flou réglementaire pourrait également compliquer le pilotage des cibles nationales.

Ce qu'il faut faire maintenant si vous envisagez de passer à l'électrique

L'incertitude réglementaire européenne n'est pas une raison d'attendre — c'est au contraire une raison d'agir pendant que les conditions sont favorables. Voici les points d'action concrets :

  • Profitez des bonus cantonaux actuels : rien ne garantit leur maintien dans les prochains budgets cantonaux.
  • Calculez votre TCO réel en intégrant le prix d'achat net (bonus déduit), le coût de recharge à domicile, et l'économie sur l'entretien.
  • Évitez les PHEV si vous n'avez pas accès à une recharge régulière : l'avantage fiscal ne compense pas un usage essentiellement thermique.
  • Suivez les révisions de la réglementation fédérale suisse sur les objectifs CO2 des importateurs : elles conditionnent indirectement l'offre disponible sur le marché helvétique.

La décision européenne n'est pas encore prise. Mais chaque mois de retard dans votre transition, c'est autant de coûts en carburant et d'opportunités d'aides perdues.

D'après Elektroauto News CH