Une grande étude européenne menée par le consortium SolarMoves vient de quantifier, pour la première fois à grande échelle, le potentiel réel des panneaux photovoltaïques intégrés aux véhicules. Les chiffres sont éloquents — et pour les PME, artisans et gestionnaires de flottes belges engagés dans l'électrification, ils méritent une lecture attentive. Entre réduction des coûts de recharge, allègements fiscaux cumulables et zones basses émissions qui se multiplient, cette technologie pourrait s'imposer plus vite qu'on ne le croit.

Ce que dit l'étude SolarMoves : des chiffres solides

Le consortium SolarMoves regroupe cinq organisations de premier plan : TNO, Fraunhofer ISE, Sono Motors, IM Efficiency et Lightyear. Leur étude ne repose pas sur des simulations théoriques : elle s'appuie sur 1,3 million de kilomètres réellement parcourus par des véhicules équipés de capteurs, couvrant 23 types de véhicules allant de la citadine au poids lourd.

Le résultat central : en Europe centrale — zone qui inclut la Belgique — un véhicule particulier équipé de cellules solaires intégrées peut générer jusqu'à 55 % de son besoin énergétique annuel dans des conditions optimales. En Europe du Sud, ce ratio grimpe jusqu'à 80 %. Pour les camions électriques, l'autonomie quotidienne progresserait de 15 %, un gain décisif pour les tournées longue distance.

À l'échelle du continent, si tous les nouveaux véhicules mis en circulation entre 2024 et 2030 étaient équipés de cette technologie, la demande nette sur le réseau électrique européen diminuerait de 15,6 térawattheures en 2030 — l'équivalent de la production annuelle d'environ 2 200 éoliennes terrestres de 3 mégawatts. Un ordre de grandeur qui donne la mesure de l'enjeu systémique.

Impact concret sur le TCO d'une flotte électrique

Pour un gestionnaire de flotte belge, la question centrale est simple : est-ce que ça se traduit en euros sur la fiche de coûts ? La réponse est oui, à condition de raisonner sur la durée.

Un véhicule utilitaire électrique réalisant, selon les estimations sectorielles, entre 25 000 et 40 000 km par an en usage professionnel, pourrait voir sa facture de recharge réduite de manière significative si une part non négligeable de l'énergie est autogénérée. Même en se limitant à un scénario conservateur — bien en deçà des 55 % théoriques — l'économie sur 4 à 5 ans représente plusieurs centaines d'euros par véhicule et par an, directement soustraits du poste énergie.

Pour les flottes de camions, le gain de 15 % d'autonomie quotidienne peut également réduire les besoins en infrastructure de recharge rapide sur site, dont les coûts d'installation restent élevés. C'est un levier indirect mais réel sur le TCO global.

Belgique : ce que ça change pour les professionnels

Le cadre belge rend cette technologie particulièrement pertinente pour les entreprises. Voici les éléments réglementaires et fiscaux à intégrer dès aujourd'hui dans vos calculs :

  • Déductibilité fiscale à 100 % pour les véhicules zéro émission achetés jusqu'en 2027 : un véhicule solaire-électrique bénéficie pleinement de cet avantage, réduisant mécaniquement le coût net d'acquisition.
  • Avantage ATN réduit pour les voitures de société électriques : pour les flottes de société, l'impact sur la rémunération des collaborateurs reste maîtrisé, ce qui facilite l'acceptation sociale de la transition.
  • Primes régionales cumulables : jusqu'à 4 500 € en Wallonie (prime PIVERT) et jusqu'à 4 000 € à Bruxelles pour l'achat d'un véhicule électrique neuf. En Flandre, la prime Ecoscore récompense progressivement les véhicules les plus vertueux — un véhicule solaire-électrique se positionnerait favorablement.
  • LEZ en expansion : Bruxelles, Anvers et Gand disposent déjà de zones basses émissions, avec des extensions prévues. Les véhicules thermiques y seront progressivement exclus, renforçant l'urgence de l'électrification pour les livraisons urbaines.
  • Obligation de recharge en entreprise dès 2030 : anticiper l'infrastructure de recharge est incontournable. Un véhicule partiellement autonome en énergie allège la pression sur cette infrastructure et peut en réduire le dimensionnement.

Pour une PME belge gérant une flotte de 10 véhicules utilitaires électriques, la combinaison de ces leviers — déductibilité fiscale, primes régionales et réduction des coûts de recharge — peut transformer radicalement l'équation financière sur un cycle de vie de 5 ans.

À retenir et à faire maintenant

La technologie du photovoltaïque intégré en véhicule n'est plus de la prospective : elle est mesurée, quantifiée et validée sur plus d'un million de kilomètres réels. Pour les professionnels belges, le message est clair : intégrez cette dimension dans vos prochains appels d'offres de renouvellement de flotte. Interrogez vos fournisseurs sur leur feuille de route en matière de panneaux intégrés. Consultez un conseiller fiscal pour optimiser la combinaison déductibilité + primes régionales avant l'échéance de 2027. Et si vous gérez des poids lourds, le gain de 15 % d'autonomie mérite d'être chiffré précisément en fonction de vos tournées.

La transition énergétique des flottes professionnelles belges se joue maintenant — et le solaire embarqué en devient un acteur à part entière.

D'après Elektroauto News CH