Une large étude européenne vient de confirmer ce que certains pionniers belges pressentaient déjà : le camion électrique lourd tient ses promesses sur le terrain. À l'heure où les entreprises de transport belges font face à des zones basses émissions qui s'étendent et à des obligations de recharge qui approchent, ces résultats tombent à point nommé.

Une satisfaction qui dépasse toutes les attentes

L'Öko-Institut, institut de recherche indépendant reconnu en Europe, a mené une enquête auprès de 57 entreprises de transport utilisant des poids lourds électriques depuis au moins un an. Le verdict est sans appel : 93 % des répondants se déclarent satisfaits ou très satisfaits de leurs camions électriques. Un score qui ferait rougir bien des constructeurs thermiques.

Sur le plan opérationnel, les chiffres rassurent également. Les camions électriques récents, dotés d'une autonomie constructeur d'au moins 500 kilomètres, parcourent en moyenne 432 kilomètres par jour — soit un taux d'utilisation réel très proche des capacités annoncées. Mieux encore, environ 70 % des entreprises ayant investi dans ces véhicules les déploient non pas seulement en milieu urbain, mais dans le transport régional ou national longue distance. Le mythe du camion électrique cantonné aux livraisons du dernier kilomètre appartient décidément au passé.

Les freins persistent, mais ils sont surmontables

Pour autant, les entreprises interrogées ne dressent pas un tableau idyllique. Trois obstacles reviennent systématiquement :

  • Les coûts d'acquisition élevés : un poids lourd électrique reste sensiblement plus cher à l'achat qu'un équivalent diesel.
  • Le développement de l'infrastructure de charge en dépôt : installer des bornes adaptées aux charges lourdes (150 kW et plus) représente un investissement logistique et financier conséquent.
  • Les démarches administratives de raccordement au réseau : lenteurs des gestionnaires de réseau, délais d'obtention de puissance suffisante… un point de friction bien connu des gestionnaires de flotte.

Bonne nouvelle cependant : l'étude confirme que le coût total de possession (TCO) sur l'ensemble de la durée de vie du véhicule s'avère considérablement inférieur à celui d'un camion thermique, grâce à des coûts d'énergie et de maintenance réduits. L'investissement initial douloureux se rentabilise sur le long terme — à condition d'avoir les reins assez solides pour passer le cap.

Belgique : ce que ça change concrètement pour votre flotte

Pour un transporteur ou un gestionnaire de flotte belge, ces résultats prennent une résonance particulière, car le cadre réglementaire local rend la transition encore plus pertinente — et urgente.

Sur le plan fiscal, les entreprises belges bénéficient d'une déductibilité à 100 % pour tout véhicule zéro émission acheté jusqu'en 2027, un levier puissant pour alléger la facture d'acquisition. À cela s'ajoutent des aides régionales non négligeables :

  • Wallonie : prime PIVERT pouvant atteindre 4 500 € pour l'achat d'un véhicule électrique neuf.
  • Bruxelles : prime régionale jusqu'à 4 000 €, avec en prime un accès préservé aux LEZ (Low Emission Zones) dont le périmètre s'étend chaque année.
  • Flandre : prime Ecoscore progressive, favorisant les motorisations les plus propres.

Du côté des contraintes, le calendrier se resserre. Les LEZ de Bruxelles, Anvers et Gand vont continuer à durcir leurs critères d'accès, rendant progressivement les camions diesel inopérants dans ces zones. Et dès 2030, toute entreprise devra disposer d'une infrastructure de recharge en interne — autant anticiper dès maintenant pour lisser l'investissement et éviter l'embouteillage administratif de raccordement réseau que l'étude pointe précisément comme frein.

Pour les transporteurs qui opèrent en Belgique mais aussi côté allemand ou néerlandais, l'exonération de péage dont bénéficient les camions électriques dans certains pays voisins constitue un avantage tarifaire supplémentaire à intégrer dans le calcul TCO — un élément que les directions financières auraient tort de négliger.

Ce qu'il faut retenir et faire maintenant

Les chiffres de l'Öko-Institut lèvent un verrou psychologique important : les entreprises qui ont franchi le pas ne regrettent pas. Pour les gestionnaires de flotte belges encore hésitants, la combinaison d'un TCO favorable sur la durée, d'une fiscalité nationale avantageuse jusqu'en 2027 et d'aides régionales actives offre une fenêtre d'opportunité à ne pas laisser passer. L'étape concrète à engager dès aujourd'hui : réaliser un audit de vos cycles de tournée pour identifier les véhicules dont les parcours quotidiens sont compatibles avec les autonomies réelles disponibles — et anticiper le raccordement réseau avant que les délais administratifs ne vous rattrapent.

D'après Elektroauto News CH