Un signal fort venu de Bruxelles pourrait rebattre les cartes de la gestion de flotte en Europe — et ses ondes de choc atteignent déjà la Suisse. Des élus sociaux-démocrates au Parlement européen proposent de supprimer les avantages fiscaux accordés aux voitures de fonction à motorisation thermique à partir de 2028. Pour les PME, artisans et gestionnaires de flottes helvétiques qui s'approvisionnent en grande partie sur le marché européen, il est temps de regarder cette évolution de près.
Ce que propose l'UE : une fiscalité à deux vitesses
Aujourd'hui, dans de nombreux pays de l'Union européenne — et en particulier en Allemagne, premier marché automobile du continent —, les voitures de fonction sont soumises à une imposition sur l'avantage en nature. Le principe est simple : si un salarié utilise un véhicule d'entreprise à des fins privées, cela constitue un avantage taxable.
Les règles actuelles créent déjà une distinction nette :
- Véhicules électriques purs (jusqu'à 100 000 € de prix catalogue) : taux d'imposition réduit à 0,25 % de la valeur catalogue par mois.
- Véhicules thermiques : taux standard de 1 % du prix catalogue mensuel — soit quatre fois plus.
La proposition des sociaux-démocrates va plus loin : supprimer entièrement l'avantage fiscal résiduel accordé aux thermiques dès 2028, rendant leur détention en flotte nettement moins attractive. Des critères « Made in Europe » sont également envisagés pour conditionner les subventions aux véhicules électriques, une piste qui pourrait influencer les choix de marques disponibles sur le marché suisse.
Pourquoi les flottes suisses doivent s'y intéresser maintenant
La Suisse n'est pas membre de l'UE, mais elle n'évolue pas en vase clos. Plusieurs dynamiques rendent cette évolution directement pertinente pour les entreprises helvétiques :
- Les importateurs suisses suivent les tendances européennes. Les constructeurs adaptent leurs gammes et leurs prix au contexte réglementaire UE, ce qui influence mécaniquement l'offre disponible en Suisse.
- Le franc fort est un atout. Les véhicules électriques importés de la zone euro restent compétitifs en termes de prix d'achat pour les entreprises suisses, d'autant que l'écart de change joue en leur faveur.
- Les objectifs CO₂ fédéraux suisses sont contraignants. La Confédération impose aux importateurs des cibles d'émissions strictes, ce qui oriente déjà l'offre vers plus d'électrique et d'hybride rechargeable.
Pour une PME romande ou alémanique qui renouvelle sa flotte d'ici 2027-2028, anticiper ce virage fiscal européen, c'est éviter de se retrouver avec des actifs dont la valeur résiduelle s'effondre sur un marché de l'occasion déjà sous pression.
Suisse : ce que ça change pour votre TCO
Sur le plan fiscal local, la Suisse dispose déjà d'un arsenal incitatif que peu de gestionnaires de flottes exploitent pleinement :
- Bonus cantonaux à l'achat : Vaud et Genève offrent jusqu'à 3 000 CHF, Berne jusqu'à 2 000 CHF pour l'acquisition d'un véhicule électrique neuf.
- Exonérations ou réductions de l'impôt cantonal sur les véhicules : de nombreux cantons appliquent une taxation allégée, voire nulle, pour les véhicules zéro émission.
- Infrastructure de recharge en développement rapide : les réseaux SwissCharge et EVPASS couvrent désormais les grandes agglomérations, réduisant les contraintes opérationnelles pour les flottes professionnelles.
Sur le TCO (coût total de possession), la combinaison d'un prix d'achat compétitif grâce au CHF fort, des bonus cantonaux, de la fiscalité allégée sur les véhicules et de coûts d'énergie maîtrisés (recharge nocturne en entreprise) peut rendre un véhicule électrique moins coûteux sur 4 ans qu'un équivalent thermique, selon les estimations actuelles du marché. L'objectif national de 50 % de nouveaux véhicules électriques d'ici 2030 confirme que cette dynamique n'est pas conjoncturelle.
Quant aux hybrides rechargeables, ils bénéficient encore de certains avantages fiscaux en Europe sous conditions spécifiques — une fenêtre qui pourrait se refermer si la proposition européenne est adoptée dans sa forme actuelle.
Ce que vous devriez faire dès aujourd'hui
La décision européenne n'est pas encore actée, mais le signal politique est clair et la direction, irréversible. Voici trois actions concrètes pour les professionnels suisses :
- Anticipez vos cycles de renouvellement. Si votre flotte thermique arrive à échéance entre 2026 et 2029, c'est le bon moment pour planifier la bascule vers l'électrique et capter les aides cantonales encore disponibles.
- Simulez votre TCO avec un conseiller mobilité. Les outils de calcul de coût total de possession intégrant les spécificités fiscales suisses permettent de chiffrer précisément le gain sur 4 ans.
- Interrogez vos fournisseurs sur les critères "Made in Europe". Si ces conditions sont retenues pour les aides UE, elles pourraient influencer les marques et modèles disponibles en importation parallèle en Suisse.
D'après Elektroauto News CH