Un signal politique fort émerge de Bruxelles : les sociaux-démocrates au Parlement européen poussent pour supprimer les avantages fiscaux accordés aux voitures de fonction à moteur thermique à partir de 2028. Si la mesure cible d'abord les États membres de l'UE, ses répercussions sur le marché suisse — très connecté à l'économie européenne — méritent une analyse sérieuse pour tout responsable de flotte ou dirigeant de PME.
La règle du 1 % contre le 0,25 % : un écart qui pèse lourd
Aujourd'hui, dans les pays de l'UE, les véhicules de fonction à moteur thermique sont imposés comme avantage en nature à hauteur de 1 % de leur prix catalogue par mois. Les véhicules 100 % électriques dont le prix n'excède pas 100 000 euros bénéficient, eux, d'un taux réduit à 0,25 %. C'est un écart de facteur quatre — considérable sur la durée d'un contrat de leasing ou de détention de trois à quatre ans.
Concrètement, pour un véhicule thermique à 50 000 euros, l'avantage en nature mensuel imposable s'élève à 500 euros. Pour un électrique équivalent à 50 000 euros, il tombe à 125 euros. Sur 36 mois, la différence représente plus de 13 000 euros d'assiette fiscale en moins pour le collaborateur. Ce différentiel constitue aujourd'hui l'un des leviers les plus efficaces pour accélérer l'électrification des flottes. Le supprimer côté thermique revient à rendre les véhicules polluants structurellement moins compétitifs pour les entreprises.
À noter : l'UE envisage également d'assortir ces avantages fiscaux pour l'électrique d'un critère de provenance européenne, ce qui pourrait exclure certains modèles asiatiques à terme et remodeler les arbitrages d'achat.
Suisse : ce que ça change pour les PME et gestionnaires de flottes
La Suisse n'est pas membre de l'UE, mais elle n'évolue pas en vase clos. Plusieurs dynamiques locales convergent précisément dans le même sens que la réforme européenne envisagée :
- Bonus cantonaux attractifs : Vaud et Genève offrent chacun jusqu'à 3 000 CHF à l'achat d'un véhicule électrique, Berne jusqu'à 2 000 CHF. Pour une flotte de dix véhicules, c'est jusqu'à 30 000 CHF d'économies immédiates.
- Exonération ou réduction de l'impôt cantonal sur les véhicules : de nombreux cantons appliquent déjà un régime préférentiel aux électriques, réduisant le coût annuel de détention.
- Objectif fédéral CO₂ : la Confédération impose aux importateurs des objectifs d'émissions stricts. Intégrer des véhicules électriques dans sa flotte, c'est aussi participer à cet effort collectif — et anticiper d'éventuelles contraintes réglementaires futures sur les véhicules thermiques.
- CHF fort : les modèles importés de la zone euro restent compétitifs en prix d'achat, ce qui améliore mécaniquement le TCO (coût total de possession) des électriques en Suisse comparé à nos voisins européens.
- Infrastructures de recharge : le réseau SwissCharge, EVPASS et les bornes d'entreprise se densifient rapidement dans les grandes agglomérations, levant l'un des derniers freins opérationnels à la transition des flottes.
La Suisse vise 50 % de nouvelles immatriculations électriques d'ici 2030. Les entreprises qui anticipent dès maintenant cette bascule bénéficient des aides actuelles, encore généreuses, et évitent une décote accélérée de leurs véhicules thermiques au moment de la revente.
TCO électrique vs thermique : les chiffres qui guident la décision
Calculer le vrai coût d'un véhicule de fonction, c'est aller au-delà du prix d'achat. Sur un cycle de 4 ans / 80 000 km, plusieurs postes penchent structurellement en faveur de l'électrique pour une flotte suisse :
- Énergie : le coût au kilomètre en électricité reste inférieur à celui du carburant thermique, en particulier pour les flottes disposant de bornes en entreprise ou à domicile.
- Entretien : moins de pièces mécaniques sous contrainte (pas d'embrayage, de courroie de distribution, de vidanges fréquentes) — les estimations sectorielles évoquent une économie de 20 à 30 % sur les coûts d'entretien selon les usages.
- Valeur résiduelle : point de vigilance — elle dépend fortement du modèle et de la technologie de batterie. Un arbitrage avec votre gestionnaire de flotte ou votre loueur s'impose avant tout engagement.
Que faire maintenant ? Les actions concrètes pour les entreprises suisses
La fenêtre d'opportunité est ouverte, mais elle ne le restera pas indéfiniment. Voici les étapes prioritaires :
- Auditer votre flotte actuelle : identifier les véhicules en fin de cycle qui peuvent basculer vers l'électrique dès le prochain renouvellement.
- Vérifier les bonus disponibles dans votre canton avant toute commande — les enveloppes sont parfois limitées et les conditions peuvent évoluer.
- Prévoir l'infrastructure de recharge sur site : c'est un investissement qui conditionne la réussite opérationnelle de la transition.
- Suivre l'évolution du critère de provenance européenne envisagé par l'UE : il pourrait affecter l'éligibilité de certains modèles aux avantages fiscaux et donc influencer vos choix de catalogue.
D'après Elektroauto News CH