Le signal vient de Bruxelles, mais il résonne jusqu'à Genève, Zurich et Lausanne : les sociaux-démocrates au Parlement européen envisagent de mettre fin aux avantages fiscaux accordés aux voitures de fonction équipées d'un moteur thermique, et ce dès 2028. Pour les PME, artisans et gestionnaires de flottes suisses, le message est clair : la fenêtre pour anticiper la transition est ouverte — et elle ne le sera pas indéfiniment.

Ce que prévoit la réforme européenne

Aujourd'hui en Allemagne, un véhicule de fonction thermique est imposé sur la base de 1 % de sa valeur catalogue par mois au titre de l'avantage en nature. Un véhicule électrique pur dont le prix ne dépasse pas 100 000 euros bénéficie, lui, d'un taux réduit à 0,25 % — soit quatre fois moins. Cette différence représente, selon les estimations, plusieurs centaines d'euros d'économie mensuelle pour le collaborateur et un levier de recrutement non négligeable pour l'employeur.

Les sociaux-démocrates européens souhaitent aller plus loin : supprimer purement et simplement l'avantage fiscal pour les véhicules thermiques à partir de 2028, tout en maintenant, voire en renforçant, celui accordé aux véhicules électriques. Des critères de production « Made in Europe » pourraient par ailleurs être intégrés dans les conditions d'éligibilité aux subventions futures — une piste qui alimentera sans doute les débats commerciaux entre l'UE et ses partenaires, dont la Suisse.

En parallèle, l'Union européenne discute d'une possible révision de l'interdiction des moteurs thermiques prévue pour 2035, signe que le dossier reste politiquement mouvant. Mais la trajectoire de fond — fiscalité plus lourde pour les véhicules à combustion — paraît, elle, bien tracée.

Pourquoi cela concerne les entreprises suisses

La Suisse n'est pas membre de l'UE et n'est donc pas directement soumise à ces réformes fiscales. Mais ignorer ce signal serait une erreur stratégique pour plusieurs raisons. Premièrement, une large part des véhicules de société vendus en Suisse est importée de la zone euro : les décisions prises à Bruxelles influencent les prix, les disponibilités et les politiques commerciales des constructeurs. Deuxièmement, de nombreuses PME suisses travaillent avec des partenaires ou des filiales établis dans l'espace européen, et harmoniser sa politique de flotte devient un avantage opérationnel. Troisièmement, les immatriculations de flottes commerciales représentent, comme en Allemagne, une part structurellement importante du marché automobile suisse : les décisions d'achat des entreprises ont un effet d'entraînement sur l'ensemble du secteur.

Suisse : ce que ça change pour votre flotte

Côté helvétique, la pression en faveur de l'électrification des flottes est déjà bien réelle, et les incitations concrètes existent. Voici ce qu'il faut avoir en tête :

  • Bonus cantonaux à l'achat : Vaud et Genève offrent jusqu'à 3 000 CHF, Berne jusqu'à 2 000 CHF pour l'acquisition d'un véhicule électrique neuf.
  • Fiscalité cantonale avantageuse : de nombreux cantons prévoient une exonération totale ou partielle de l'impôt sur les véhicules pour les électriques, réduisant le coût de possession annuel de façon significative.
  • TCO favorable : combinés au CHF fort — qui rend les véhicules importés de la zone euro comparativement moins chers à l'achat — et aux coûts d'énergie et d'entretien réduits, les véhicules électriques affichent selon les estimations un coût total de possession (TCO) compétitif sur 3 à 5 ans pour la majorité des usages professionnels.
  • Infrastructure de recharge : les réseaux SwissCharge, EVPASS et les bornes en entreprise couvrent désormais les principaux corridors et agglomérations, rendant l'usage quotidien d'un véhicule électrique de fonction pleinement opérationnel.
  • Objectif fédéral : la Confédération vise 50 % de nouvelles immatriculations électriques d'ici 2030. Les entreprises qui n'anticipent pas ce virage risquent de se retrouver sous pression réglementaire dans un délai plus court que prévu.

Ce qu'il faut faire maintenant

La réforme européenne de 2028 agit comme un révélateur : elle confirme que le statu quo fiscal pour les véhicules thermiques de société est en sursis. Pour les entreprises suisses, l'enjeu n'est pas d'attendre que Bruxelles tranche, mais de saisir dès aujourd'hui les leviers disponibles. Cela passe par un audit de flotte sérieux, intégrant le TCO réel sur 4 à 5 ans avec les aides cantonales, les économies de carburant et la fiscalité locale. Cela passe aussi par une discussion avec votre gestionnaire de parc ou votre conseiller leasing sur les conditions de passage progressif à l'électrique — les offres sur le marché suisse n'ont jamais été aussi diversifiées ni aussi compétitives. Les PME et artisans qui engagent cette réflexion aujourd'hui seront mieux positionnés, financièrement et réglementairement, dans trois ans.

D'après Elektroauto News CH