La France accélère sur l'électrification des flottes professionnelles : à partir du 1er juin 2026, Bercy double les bonifications CEE (Certificats d'Économie d'Énergie) pour l'achat d'utilitaires légers et de camions électriques. Si cette mesure est française, ses effets de signal et ses implications indirectes concernent directement les PME, artisans et gestionnaires de flottes belges — qui jonglent déjà avec un empilement d'aides régionales à optimiser.
Les CEE doublés : de quoi parle-t-on exactement ?
Les Certificats d'Économie d'Énergie sont un mécanisme français qui oblige les fournisseurs d'énergie à financer des actions de transition énergétique. Pour les véhicules professionnels, cela se traduit concrètement par une prime à l'achat versée à l'entreprise, en complément d'autres dispositifs. À compter du 1er juin 2026, le montant de cette bonification sera multiplié par deux pour les utilitaires et poids lourds électriques — à une condition non négligeable : les véhicules devront être assemblés au sein de l'Espace économique européen.
Cette clause d'origine européenne est un signal politique fort. Elle oriente les achats vers des modèles produits localement — Mercedes eSprinter (Allemagne), Renault Master E-Tech (France), Stellantis (Pologne) — et exclut de fait les véhicules assemblés en dehors de l'EEE, notamment certains modèles asiatiques. Pour les acheteurs belges qui importent ou commandent en France, le choix du modèle devient un critère financier à part entière.
Belgique : ce que ça change pour vos flottes
Directement, le dispositif CEE est réservé au marché français. Mais pour les opérateurs belges, deux impacts sont à anticiper :
- Un effet de prix indirect : en stimulant la demande française pour les utilitaires électriques européens, ce dispositif peut soutenir les volumes de production et — selon les estimations du secteur — contribuer à une stabilisation, voire une légère baisse des prix catalogue à moyen terme.
- Un alignement réglementaire à surveiller : la Belgique ne dispose pas d'un équivalent direct aux CEE, mais le contexte belge est déjà très favorable, et chaque levier compte dans le calcul du TCO.
En Belgique, les professionnels peuvent aujourd'hui combiner plusieurs avantages simultanément :
- Déductibilité fiscale à 100 % pour les véhicules zéro émission achetés jusqu'en 2027 — un avantage comptable massif pour les sociétés assujetties à l'impôt des sociétés.
- Avantage ATN très réduit pour les voitures de société électriques, ce qui allège la charge salariale pour les véhicules mis à disposition des employés.
- Primes régionales cumulables : jusqu'à 4 500 € en Wallonie (prime PIVERT), jusqu'à 4 000 € à Bruxelles, et une prime Ecoscore progressive en Flandre selon le niveau d'émissions du véhicule.
À cela s'ajoutent des contraintes réglementaires qui transforment ces aides en nécessité : les Low Emission Zones (LEZ) de Bruxelles, Anvers et Gand vont continuer à s'étendre et à durcir leurs critères d'accès. Un utilitaire thermique acheté aujourd'hui pourrait être bloqué à l'entrée de ces zones avant même d'être amorti. Et dès 2030, les entreprises auront l'obligation d'équiper leurs sites d'une infrastructure de recharge — autant prévoir l'ensemble dès maintenant.
TCO : ce que coûte (vraiment) un utilitaire électrique en Belgique
Le coût total de possession (TCO) d'un utilitaire électrique en Belgique dépend fortement du profil d'usage. Sur un véhicule de type fourgon compact (segment Berlingo/Partner), le surcoût à l'achat par rapport à l'équivalent thermique oscille, selon les estimations du marché, entre 8 000 et 15 000 €. Après déductibilité à 100 % et primes régionales cumulées, cet écart peut être ramené à moins de 5 000 € pour une société en Wallonie ou à Bruxelles.
Côté exploitation, l'économie sur l'énergie (électricité vs diesel) et l'entretien réduit (moins de pièces d'usure) améliorent le TCO dès la troisième année pour un véhicule parcourant plus de 20 000 km/an. Pour un artisan ou une PME avec plusieurs véhicules, l'effet d'échelle est significatif.
À retenir et à faire dès maintenant
La mesure française illustre une tendance de fond : les aides à l'électrification professionnelle vont croître, mais elles seront de plus en plus conditionnées à l'origine géographique des véhicules. En Belgique, les conditions fiscales et les primes régionales forment déjà un écosystème favorable — mais il est limité dans le temps. La déductibilité à 100 % court jusqu'en 2027 : c'est maintenant qu'il faut agir.
Consultez votre gestionnaire de flotte ou votre conseiller fiscal pour simuler le TCO réel de votre prochain utilitaire électrique, en intégrant les aides de votre région et vos contraintes d'accès aux LEZ.
D'après Automobile Propre