L'industrie automobile allemande brandit la menace de 125 000 suppressions d'emplois supplémentaires d'ici 2035 pour plaider pour une « technologie ouverte » — comprendre : maintenir les moteurs thermiques le plus longtemps possible. Mais pendant que le VDA (le lobby des constructeurs allemands) alimente ce discours, les chiffres de ventes de ses propres membres racontent une toute autre histoire. Pour les gestionnaires de flottes et les PME françaises, il est temps de lire les données plutôt que les communiqués.

Ce que disent vraiment les chiffres des constructeurs allemands

Le contraste est saisissant. Au premier trimestre 2026, BMW a affiché une croissance de 3 % de ses livraisons en Europe, avec une hausse de 10,7 % sur son marché domestique allemand. Plus révélateur encore : les commandes de véhicules électriques BMW en Europe ont bondi de 40 % par rapport à l'année précédente. Fait marquant, plus de 50 % des BMW X3 commandés sont désormais des iX3, la version 100 % électrique du SUV.

Même dynamique chez Mercedes, qui enregistre une croissance de 34 % de ses ventes électriques en Europe, et de 36 % en Allemagne spécifiquement. Volkswagen, de son côté, voit sa part de véhicules électriques en Europe occidentale progresser de 19 % à 20 %, malgré une chute de 14,8 % de ses ventes globales en Chine, marché où la concurrence des marques locales — désormais électrifiées à plus de 80 % — s'avère implacable.

À l'échelle continentale, les ventes de véhicules électriques en Europe ont progressé de 27 % en avril, dépassant le cap des 400 000 unités sur le mois. La demande est là. Le marché parle.

La Chine comme miroir grossissant : une leçon pour les flottes européennes

Le cas chinois mérite une attention particulière. Avec une pénétration des véhicules électriques et hybrides rechargeables (PHEV) atteignant 61,4 % en avril, la Chine a franchi un point de non-retour. Les marques locales affichent un taux d'électrification supérieur à 80 %, ce qui explique directement la déroute commerciale de Volkswagen sur place (-14,8 % de ventes globales). Ce marché démontre qu'une fois la bascule amorcée, la transition s'accélère de façon exponentielle. L'Europe, avec ses 27 % de hausse mensuelle, suit une trajectoire similaire, avec quelques années de décalage.

Pour un gestionnaire de flotte en France, ce signal est stratégique : attendre 2027 ou 2028 pour intégrer des véhicules électriques dans une flotte, c'est prendre le risque de subir la transition plutôt que d'en tirer profit.

France : ce que ça change pour votre flotte et votre TCO

Le contexte français offre aujourd'hui des leviers financiers réels pour accélérer sans prendre de risque excessif :

  • Bonus écologique entreprises : jusqu'à 9 000 € par véhicule électrique acheté (sous conditions), un apport direct sur le coût d'acquisition.
  • Suramortissement de 40 % : applicable sur les véhicules propres en entreprise, sur une base plafonnée à 30 000 €, soit une économie fiscale pouvant atteindre environ 3 360 € selon votre taux d'imposition.
  • Taxe annuelle sur les émissions CO₂ (ex-TVS) : les véhicules émettant moins de 20 g/km de CO₂ bénéficient d'un avantage fort, allégeant significativement la fiscalité annuelle de flotte.
  • CEE (Certificats d'Économie d'Énergie) : ils permettent de financer tout ou partie de l'installation de bornes de recharge sur site professionnel — un poste souvent sous-estimé dans les calculs de TCO.
  • ZFE-m : dans 43 agglomérations françaises (Paris, Lyon, Marseille…), les véhicules Crit'Air 3 sont progressivement interdits. Les flottes non électrifiées s'exposent à des restrictions d'accès croissantes, avec un impact direct sur l'activité opérationnelle.

Sur un cycle de 4 ans et 80 000 km, les estimations sectorielles situent généralement le TCO d'un véhicule électrique de segment intermédiaire en dessous de son équivalent thermique dès lors que les aides sont bien mobilisées et que la recharge est majoritairement réalisée sur site. La variable clé reste l'infrastructure : un audit de vos besoins de recharge est le premier chantier à ouvrir.

Ce qu'il faut retenir et faire maintenant

Le débat sur la « neutralité technologique » agité par certains lobbies industriels ne doit pas obscurcir une réalité de marché désormais documentée : BMW, Mercedes et Volkswagen vendent de plus en plus de véhicules électriques, et leurs clients professionnels en Europe font ce choix en connaissance de cause. En France, les dispositifs d'aides publiques, combinés à la pression réglementaire des ZFE-m et à la fiscalité favorable sur les émissions, rendent la décision encore plus lisible.

Action concrète : si votre flotte compte encore majoritairement des véhicules thermiques de plus de 3 ans, lancez dès maintenant une analyse TCO comparée en intégrant le bonus entreprise, le suramortissement et les CEE pour l'infrastructure. Les conditions actuelles ne seront pas nécessairement reconduites à l'identique en 2027.

D'après Elektroauto News CH