MAN vient de franchir un cap décisif en dévoilant à Milan la version de production de son eTGM électrique. Après une phase pilote en petite série, ce camion 16 tonnes entre dans une ère industrielle. Pour les transporteurs, artisans et gestionnaires de flottes établis en Suisse, le signal est clair : l'électrification des poids lourds de distribution n'est plus un horizon lointain — c'est maintenant.

De la petite série à la production : ce que représente ce lancement

Le MAN eTGM n'est pas un inconnu. Le constructeur allemand, filiale du groupe Traton, avait déjà déployé une petite série d'essais auprès de clients pilotes il y a quelques années. Ce lancement en série marque toutefois un changement d'échelle fondamental : approvisionnement stabilisé, service après-vente structuré, et surtout une disponibilité commerciale réelle pour les entreprises qui souhaitent planifier leurs achats sur du long terme.

Le TGM est le véhicule polyvalent de MAN dans le segment moyen — plébiscité pour la livraison urbaine, les services municipaux, la distribution régionale. Sa déclinaison électrique cible précisément les usages où la répétabilité des trajets et les distances maîtrisées font de la recharge nocturne une solution parfaitement adaptée. C'est exactement le profil de nombreuses PME suisses actives dans la logistique du dernier kilomètre ou les métiers de bouche.

TCO et compétitivité : ce que les chiffres suisses disent

Le prix d'acquisition d'un camion électrique 16 tonnes reste supérieur à son équivalent diesel — c'est un fait. Mais l'analyse du coût total de possession (TCO) sur 5 à 7 ans raconte une histoire différente. Plusieurs paramètres jouent en faveur de l'électrique en Suisse :

  • Le franc fort : les véhicules importés de la zone euro bénéficient d'un effet de change favorable, ce qui atténue l'écart de prix à l'achat.
  • L'énergie : le coût du kWh en Suisse, bien qu'en hausse, reste structurellement plus stable que le gazole soumis aux fluctuations des marchés mondiaux.
  • L'entretien : les motorisations électriques génèrent selon les estimations du secteur entre 20 et 30 % de coûts de maintenance en moins sur la durée (pas de vidange, moins de pièces d'usure).
  • La fiscalité cantonale : de nombreux cantons appliquent une exonération ou une réduction significative de l'impôt sur les véhicules pour les utilitaires électriques, allégeant la charge annuelle de fonctionnement.

À cela s'ajoute la possibilité de recharger sur des infrastructures professionnelles déjà déployées — SwissCharge, EVPASS et les solutions de charge dépôt offrent aujourd'hui une couverture satisfaisante dans les grandes agglomérations.

Suisse : ce que ça change pour votre flotte

La Suisse ne dispose pas de zones à faibles émissions (ZFE) nationales comme en France ou en Allemagne, mais la pression réglementaire s'intensifie par d'autres leviers. L'objectif fédéral de 50 % de nouveaux véhicules électriques d'ici 2030 s'accompagne de contraintes croissantes sur les importateurs et, indirectement, sur les opérateurs de flottes qui devront anticiper leur renouvellement.

Côté aides directes, les entreprises peuvent aujourd'hui mobiliser des bonus cantonaux variables : jusqu'à 3 000 CHF dans les cantons de Vaud et de Genève, et 2 000 CHF dans le canton de Berne. Ces montants, cumulables avec les économies fiscales sur l'impôt véhicule, constituent un premier levier tangible pour réduire l'investissement initial.

Pour un gestionnaire de flotte qui opère 5 à 10 véhicules dans cette catégorie de tonnage, la conversion progressive vers l'électrique devient une décision stratégique à inscrire dès maintenant dans le plan de renouvellement — d'autant que les délais de livraison sur les véhicules industriels électriques restent à surveiller.

Ce qu'il faut faire maintenant

Le passage en production série du MAN eTGM offre une fenêtre d'opportunité concrète. Voici les actions prioritaires pour les professionnels suisses :

  • Contacter votre importateur MAN Suisse pour obtenir les tarifs de série, les délais et les conditions de financement locaux.
  • Vérifier l'éligibilité aux aides cantonales en fonction de votre siège d'exploitation — les règles varient et certaines subventions sont soumises à des plafonds ou des conditions d'utilisation.
  • Réaliser une analyse TCO personnalisée sur la base de vos kilomètres annuels et de votre mix de recharge (dépôt, bornes publiques), pour chiffrer le point de bascule financier.
  • Anticiper l'infrastructure : une borne de recharge professionnelle en dépôt représente un investissement initial, mais elle conditionne la rentabilité de l'ensemble de la démarche.

D'après Electrive DE