La joint-venture Milence vient d'ouvrir une nouvelle aire de recharge dédiée aux poids lourds électriques près de Kassel-Lohfelden, en Allemagne. Le site a immédiatement été mis à l'épreuve lors d'une démonstration sur un corridor de 1 000 kilomètres reliant Paris à Berlin, mobilisant des camions électriques de quatre constructeurs majeurs : Daimler Truck, MAN, Volvo Trucks et Renault Trucks. Pour les transporteurs et gestionnaires de flottes basés en France, ce signal concret mérite attention : l'infrastructure de recharge longue distance pour les poids lourds zéro émission prend forme, et le départ du corridor est… Paris.
Milence : qui est derrière ce projet et pourquoi c'est structurant ?
Milence est une coentreprise fondée par Daimler Truck, TRATON Group et Volvo Group, trois géants du transport lourd européen. Son ambition : déployer un réseau de bornes de recharge haute puissance exclusivement dédié aux camions et autocars électriques sur les grands axes européens. La logique est simple — les stations de recharge généralistes ne sont pas dimensionnées pour les contraintes des poids lourds : puissance de charge, gabarit des véhicules, durée d'immobilisation acceptable.
L'ouverture du site de Kassel-Lohfelden n'est donc pas anecdotique. Kassel se situe sur l'un des axes Nord-Sud les plus fréquentés d'Europe, à mi-chemin entre Hambourg et Munich. En positionnant ce hub sur le corridor Paris-Berlin, Milence envoie un message clair aux transporteurs internationaux : la chaîne de recharge longue distance commence à être opérationnelle. La démonstration à quatre constructeurs, quant à elle, valide l'interopérabilité des infrastructures — un prérequis technique indispensable pour une adoption massive.
TCO et compétitivité : ce que les chiffres disent aux flottes françaises
La question centrale pour un gestionnaire de flotte en France reste la même : le camion électrique est-il économiquement viable aujourd'hui ? La réponse est nuancée mais de plus en plus favorable.
Côté charges opérationnelles, l'énergie électrique reste structurellement moins chère que le gazole à l'usage, surtout pour les flottes bénéficiant de tarifs négociés ou de recharge sur site. Côté acquisition, le surcoût d'achat d'un poids lourd électrique demeure réel, mais plusieurs leviers français viennent l'atténuer :
- Suramortissement de 40 % sur les véhicules propres en entreprise (base plafonnée à 30 000 €) : un avantage fiscal direct pour les PME et artisans soumis à l'impôt sur les sociétés.
- Certificats d'Économie d'Énergie (CEE) : ils peuvent financer une part significative de l'installation de bornes de recharge sur site, selon les estimations du marché, parfois jusqu'à 50 % du coût d'infrastructure.
- Bonus écologique entreprise jusqu'à 9 000 € pour les véhicules utilitaires légers, sous conditions. Pour les poids lourds, les dispositifs d'aide évoluent — renseignez-vous auprès de votre conseiller ADEME régional.
- Taxe annuelle sur émissions CO₂ (ex-TVS) : les véhicules émettant moins de 20 g/km bénéficient d'un avantage fort, allégeant la fiscalité récurrente de la flotte.
Sur le plan du TCO global (coût total de possession sur 5 ans), les premières analyses sectorielles suggèrent une parité de plus en plus accessible, notamment pour les usages régionaux et les tournées à kilométrage élevé et prévisible.
France : ce que ça change pour vos opérations
L'axe Paris-Berlin emprunté lors de la démonstration Milence concerne directement les transporteurs français opérant vers l'Allemagne, le Benelux ou l'Europe centrale. Mais au-delà de l'international, c'est le signal d'accélération des infrastructures qui doit retenir l'attention des décideurs locaux.
En France, le contexte pousse également à agir : les ZFE-m (Zones à Faibles Émissions mobilité) se durcissent dans 43 agglomérations. Paris, Lyon, Marseille restreignent progressivement les véhicules Crit'Air 3 et au-delà. Pour les transporteurs desservant ces zones en camion, la question de la motorisation électrique ou alternative n'est plus une option à long terme, mais une nécessité à planifier dès aujourd'hui.
Le déploiement de corridors de recharge comme celui de Milence est une condition sine qua non pour que les flottes longue distance puissent sauter le pas. Chaque nouvelle infrastructure validée en Europe renforce la crédibilité du passage à l'électrique — et raccourcit le délai raisonnable pour qu'un gestionnaire de flotte commence à planifier sa transition.
Ce qu'il faut faire maintenant
Ne pas attendre que le réseau soit "complet" pour étudier le sujet est la première règle. Voici les actions concrètes à enclencher :
- Cartographier vos tournées : identifiez les lignes régulières compatibles avec l'autonomie actuelle des poids lourds électriques disponibles.
- Simuler votre TCO avec les aides françaises en vigueur : suramortissement, CEE, fiscalité CO₂. Un courtier spécialisé ou un conseiller ADEME peut vous accompagner.
- Anticiper l'infrastructure de recharge sur site : les délais d'installation et de raccordement peuvent dépasser 6 à 12 mois selon la puissance requise.
- Surveiller les appels à projets régionaux : plusieurs conseils régionaux cofinancent aujourd'hui l'électrification des flottes professionnelles dans le cadre des CPER.
La transition des poids lourds vers l'électrique n'est plus un horizon lointain. Avec des acteurs comme Milence qui structurent le réseau, et des constructeurs comme Renault Trucks présent dans cette démonstration — un atout pour les flottes françaises naturellement proches de ce partenaire industriel —, les conditions s'alignent. L'avance se prend maintenant.
D'après Electrive EU (BE)