Un convoi de quatre camions électriques issus des plus grands constructeurs européens vient de rallier Paris à Berlin, soit près de 1 000 kilomètres, en s'appuyant sur la toute nouvelle station de recharge Milence située près de Kassel-Lohfelden, en Allemagne. Une démonstration concrète qui envoie un signal fort à tous les professionnels du transport routier, et notamment aux gestionnaires de flottes belges : la logistique électrique longue distance n'est plus une promesse, c'est une réalité opérationnelle.

Ce qu'est Milence et pourquoi c'est une étape clé

Milence est une coentreprise dédiée au déploiement d'infrastructures de recharge à haute puissance pour poids lourds électriques. Cette initiative, portée par plusieurs acteurs industriels majeurs du secteur, vise à combler le principal frein à l'adoption du camion électrique : l'absence de points de charge adaptés sur les grands axes européens.

La station inaugurée près de Kassel-Lohfelden s'inscrit dans une logique de corridor de recharge entre les grandes métropoles européennes. Le convoi de démonstration a réuni quatre constructeurs phares — Daimler Truck, MAN, Volvo Trucks et Renault Trucks — sur un trajet de 1 000 kilomètres entre Paris et Berlin. Ce n'est pas un exercice de communication : c'est la validation grandeur nature d'un axe logistique critique pour l'Europe du Nord-Ouest, dont la Belgique est un maillon central.

TCO et compétitivité : ce que les chiffres suggèrent pour une flotte belge

Pour un gestionnaire de flotte belge, la question centrale reste celle du coût total de possession (TCO). Si le prix d'achat d'un camion électrique demeure plus élevé qu'un équivalent diesel, plusieurs leviers viennent rééquilibrer l'équation en Belgique :

  • Déductibilité fiscale à 100 % pour les véhicules zéro émission achetés jusqu'en 2027 : un avantage comptable non négligeable pour les PME et transporteurs soumis à l'impôt des sociétés.
  • Coûts d'énergie maîtrisables : recharger un camion électrique la nuit, en tarif heures creuses, représente selon les estimations une économie substantielle par rapport au gazole, d'autant plus dans un contexte de volatilité des prix des carburants fossiles.
  • Entretien réduit : moins de pièces mécaniques soumises à l'usure (pas d'embrayage, pas de filtre à particules, peu de freinage mécanique grâce au frein moteur régénératif) se traduit par des coûts d'atelier en baisse sur la durée.

Sur un cycle de vie de cinq à sept ans, les analystes sectoriels estiment que le TCO d'un poids lourd électrique devient comparable — voire avantageux — face au diesel, à condition de disposer d'une infrastructure de recharge adaptée. C'est précisément ce que Milence contribue à construire.

Belgique : ce que ça change pour les professionnels du transport

La Belgique occupe une position géographique stratégique : hub logistique entre les ports d'Anvers et de Zeebrugge, carrefour des flux vers l'Allemagne, la France, les Pays-Bas et le Royaume-Uni. Le développement de corridors de recharge comme celui reliant Paris à Berlin concerne donc directement les opérateurs belges qui roulent sur ces axes.

Sur le plan réglementaire, la pression s'intensifie :

  • Les Low Emission Zones (LEZ) de Bruxelles, Anvers et Gand se durcissent progressivement, et leur extension est prévue. Les flottes qui n'anticipent pas cette transition risquent des restrictions d'accès aux zones urbaines denses.
  • Dès 2030, les entreprises auront l'obligation de disposer d'une infrastructure de recharge en interne. Mieux vaut planifier dès maintenant l'adaptation des dépôts et parkings.
  • Pour les véhicules utilitaires et camions légers, les primes régionales (jusqu'à 4 500 € en Wallonie via le dispositif PIVERT, jusqu'à 4 000 € à Bruxelles) réduisent l'investissement initial, même si elles ciblent davantage les véhicules légers que les poids lourds.

Concrètement, un transporteur belge qui exploite des liaisons régulières vers l'Allemagne ou la France dispose désormais d'un argument de plus pour envisager le passage à l'électrique : les infrastructures de recharge en route existent et se structurent rapidement.

Ce qu'il faut faire maintenant si vous gérez une flotte en Belgique

Ne pas attendre 2030 pour agir, c'est le conseil que nous formulons à tous les gestionnaires de flottes belges. Voici les étapes prioritaires :

  • Cartographiez vos cycles de tournées : identifiez les trajets compatibles avec l'autonomie actuelle des camions électriques disponibles sur le marché.
  • Consultez votre conseiller fiscal dès cette année pour optimiser la déductibilité à 100 % avant l'échéance de 2027.
  • Étudiez les aides régionales disponibles selon votre siège social (Wallonie, Bruxelles ou Flandre), car les dispositifs varient significativement.
  • Anticipez l'infrastructure de dépôt : bornes de recharge, contrat d'énergie adapté, gestion intelligente de la charge nocturne.

La route Paris-Berlin n'est qu'un corridor parmi d'autres. Le réseau se densifie, les constructeurs s'alignent, et les contraintes réglementaires belges accélèrent l'horloge. Les flottes qui préparent leur transition aujourd'hui seront celles qui conserveront leur compétitivité demain.

D'après Electrive EU (BE)