Et si vos véhicules de flotte produisaient eux-mêmes une partie de l'énergie qu'ils consomment ? C'est exactement ce que démontre une vaste étude européenne portée par le consortium SolarMoves. Pour les gestionnaires de flottes, artisans et PME françaises, les chiffres méritent une attention sérieuse — et une projection concrète dans le contexte réglementaire hexagonal.
Une étude sérieuse adossée à 1,3 million de kilomètres réels
Le consortium SolarMoves regroupe cinq acteurs de référence : le centre de recherche néerlandais TNO, l'institut allemand Fraunhofer ISE, les constructeurs Sono Motors et Lightyear, ainsi que le spécialiste en efficacité énergétique IM Efficiency. Ensemble, ils ont analysé 23 types de véhicules — des citadines aux poids lourds — en s'appuyant sur des données issues de véhicules réellement instrumentés de capteurs. Le corpus total représente 1,3 million de kilomètres parcourus en conditions réelles, ce qui confère à cette étude une robustesse rarement atteinte dans ce domaine.
Le résultat central : un véhicule particulier situé en Europe centrale peut, dans des conditions optimales, générer jusqu'à 55 % de ses besoins énergétiques annuels grâce à des panneaux photovoltaïques intégrés. Ce chiffre monte à 80 % en Europe du Sud. Pour un utilitaire ou un véhicule de livraison passant des heures à l'arrêt ou en circulation sous le soleil méditerranéen, le potentiel est considérable.
Pour les camions électriques, un levier d'autonomie immédiat
Au-delà des véhicules légers, l'étude s'attarde sur un cas d'usage particulièrement pertinent pour les professionnels du transport : les camions électriques. Équipés de cette technologie, ils verraient leur autonomie quotidienne augmenter de 15 %. Sur des tournées régionales avec des retours quotidiens au dépôt, cela peut représenter plusieurs dizaines de kilomètres supplémentaires sans recharge — un argument de poids face à l'une des principales objections à l'électrification des poids lourds.
À l'échelle européenne, si tous les nouveaux véhicules mis en circulation entre 2024 et 2030 intégraient cette technologie, la demande nette sur le réseau électrique serait réduite de 15,6 térawattheures en 2030, soit l'équivalent de la production annuelle de 2 200 éoliennes terrestres de 3 mégawatts. Un argument de taille dans les débats sur la saturation du réseau liée à l'électromobilité.
France : ce que ça change pour les flottes professionnelles
Le contexte français rend ces résultats particulièrement exploitables. D'abord sur le plan réglementaire : avec les ZFE-m désormais actives dans 43 agglomérations (Paris, Lyon, Marseille…) et les véhicules Crit'Air 3 progressivement bannis, les gestionnaires de flottes sont sous pression pour accélérer leur renouvellement. Un véhicule électrique équipé de photovoltaïque intégré répond à la fois à la contrainte d'accès et à l'enjeu d'autonomie.
Sur le plan financier, les leviers disponibles sont nombreux :
- Bonus écologique : jusqu'à 9 000 € pour les entreprises sur l'acquisition d'un véhicule électrique (sous conditions), un montant qui peut absorber une partie du surcoût lié à l'intégration solaire.
- Suramortissement de 40 % sur les véhicules propres (base plafonnée à 30 000 €) : un avantage fiscal direct sur le TCO pour les PME soumises à l'impôt sur les sociétés.
- Taxe annuelle sur les émissions CO₂ (ancienne TVS) : les véhicules émettant moins de 20 g/km bénéficient d'un avantage fort, renforçant l'intérêt d'un véhicule électrique à recharge solaire partielle.
- CEE (Certificats d'Économie d'Énergie) : ils peuvent financer une partie des infrastructures de recharge en entreprise, en complément d'une stratégie solaire embarquée.
Concrètement, pour un artisan ou une PME exploitant un utilitaire électrique sur des tournées journalières en Occitanie ou en PACA — régions proches de l'Europe du Sud par l'ensoleillement —, la technologie pourrait significativement réduire les besoins de recharge sur bornes payantes, et donc alléger le coût d'usage réel (TCO) sur la durée. Le calcul précis dépendra du modèle retenu et du profil d'usage, mais l'orientation est claire.
Ce qu'il faut surveiller avant d'investir
La technologie n'est pas encore généralisée sur le marché grand public. Sono Motors et Lightyear, deux membres du consortium, ont traversé des turbulences financières récentes, ce qui rappelle que le secteur reste en phase de maturation. Pour les gestionnaires de flottes, il est conseillé de suivre de près les appels d'offres publics et les programmes pilotes, de se rapprocher des constructeurs proposant déjà des options photovoltaïques sur catalogue, et d'intégrer ce critère dans les prochains cycles de renouvellement prévus entre 2025 et 2027.
La trajectoire réglementaire européenne — notamment la révision des normes CO₂ pour les véhicules utilitaires — devrait par ailleurs accélérer l'intégration de ces solutions dans les offres constructeurs d'ici la fin de la décennie.
D'après Elektroauto News CH