Quatre constructeurs majeurs, 1 000 kilomètres parcourus et une nouvelle station de recharge inaugurée sur l'un des corridors les plus fréquentés d'Europe : la démonstration organisée sur l'axe Paris-Berlin marque un tournant pour le transport routier électrique. Pour les gestionnaires de flottes et les PME de transport basées en Suisse, le message est clair : l'électrification des poids lourds n'est plus un horizon lointain, c'est un déploiement opérationnel en cours.

Une démonstration grandeur nature sur 1 000 kilomètres

Milence, la coentreprise spécialisée dans la recharge pour véhicules lourds, a ouvert un nouveau site de charge pour poids lourds sur l'autoroute à hauteur de Kassel-Lohfelden, en Allemagne centrale. Ce hub a été inauguré dans le cadre d'une tournée de démonstration réunissant quatre acteurs incontournables de la filière : Daimler Truck, MAN, Volvo Trucks et Renault Trucks.

Le trajet effectué — environ 1 000 kilomètres entre Paris et Berlin — représente une distance significative pour un véhicule électrique lourd. Cet exercice collectif valide l'idée qu'un réseau de recharge structuré peut rendre viable la longue distance en camion électrique, à condition que les points de charge soient positionnés de manière stratégique sur les grands axes autoroutiers. La localisation de Kassel n'est pas anodine : cette ville est au carrefour géographique de l'Allemagne, à mi-chemin entre les pôles industriels du nord et du sud du continent.

L'infrastructure de recharge, nerf de la guerre

L'un des freins historiques à l'adoption des camions électriques par les entreprises de transport n'est pas tant le véhicule lui-même que la disponibilité et la fiabilité de l'infrastructure de recharge sur les longs trajets. Le déploiement de hubs comme celui de Milence répond directement à cette objection.

Pour un gestionnaire de flotte, la question n'est plus seulement "mon camion tient-il la distance ?", mais "où puis-je recharger de manière fiable, rapide et prévisible ?". Les démonstrateurs impliqués — Daimler Truck, MAN, Volvo et Renault — représentent l'essentiel du marché européen des poids lourds. Leur présence simultanée sur ce corridor envoie un signal fort : l'interopérabilité et la compatibilité des équipements de charge progressent.

À mesure que ce type d'infrastructure se densifie sur les grands axes, le calcul du coût total de possession (TCO) des camions électriques devient de plus en plus favorable, notamment grâce à des coûts d'énergie à la recharge inférieurs au gazole sur le moyen terme, selon les estimations disponibles dans le secteur.

Suisse : ce que ça change pour vos flottes

La Suisse n'est pas directement sur l'axe Paris-Berlin, mais elle en est l'un des carrefours naturels vers l'Europe du Sud. Ce développement de l'infrastructure de recharge longue distance en Allemagne et en France a des implications très concrètes pour les transporteurs helvétiques qui opèrent des liaisons transfrontalières.

Sur le plan réglementaire, la Confédération ne dispose pas de Zone à Faibles Émissions (ZFE) nationale, mais la pression sur les importateurs via les objectifs CO₂ fédéraux s'intensifie. Les entreprises qui anticipent dès maintenant leur transition bénéficieront d'un avantage compétitif certain lorsque les normes se durciront.

Côté soutien financier, les incitations cantonales restent un levier non négligeable pour les PME et artisans qui envisagent de renouveler leur flotte :

  • Canton de Vaud : bonus de 3 000 CHF pour l'acquisition d'un véhicule électrique
  • Canton de Genève : aide équivalente de 3 000 CHF
  • Canton de Berne : soutien de 2 000 CHF
  • Exonérations ou réductions de l'impôt sur les véhicules dans de nombreux cantons suisses

À cela s'ajoute un avantage structurel propre à la Suisse : le franc fort rend les véhicules électriques importés depuis la zone euro comparativement moins chers à l'achat. Combiné à un réseau de recharge déjà dense dans les grandes agglomérations — SwissCharge, EVPASS et d'autres opérateurs — et à l'objectif national de 50 % de nouveaux véhicules électriques d'ici 2030, le contexte local est globalement favorable.

Ce que vous devez faire dès maintenant

La démonstration Paris-Berlin prouve que la technologie est au rendez-vous. La question pour les gestionnaires de flottes suisses n'est donc plus de savoir si le camion électrique est viable, mais quand et comment intégrer cette transition dans leur stratégie opérationnelle.

Quelques pistes concrètes pour avancer :

  • Cartographiez vos flux : identifiez quelles lignes de votre flotte sont compatibles aujourd'hui avec une autonomie électrique, notamment les trajets régionaux et les livraisons urbaines.
  • Interrogez votre canton : les bonus varient et certaines aides sont cumulables avec des dispositifs fédéraux ou sectoriels.
  • Anticipez la recharge sur site : l'installation d'un chargeur adapté aux poids lourds sur votre dépôt est souvent l'étape décisive dans le calcul du TCO.
  • Suivez l'évolution du réseau transfrontalier : à mesure que des hubs comme celui de Kassel se multiplient, les trajets internationaux en électrique deviendront progressivement accessibles.

La transition énergétique du transport routier ne se fera pas du jour au lendemain, mais les fondations s'accélèrent. Les acteurs qui se préparent aujourd'hui seront ceux qui maîtriseront leurs coûts demain.

D'après Electrive EU (BE)