Outre-Rhin, les conducteurs de véhicules électriques vont percevoir jusqu'à 400 euros en 2026 grâce à la prime THG, un mécanisme de valorisation des quotas carbone. Si la Suisse ne dispose pas d'un dispositif équivalent, ce signal de marché mérite toute l'attention des gestionnaires de flottes, des artisans et des PME helvétiques engagés dans la transition électrique. Voici pourquoi, et surtout comment s'en inspirer.

La prime THG 2026 : comment ça marche concrètement ?

La THG-Quote (Treibhausgasminderungs-Quote) est un système légal allemand qui oblige les distributeurs de carburants fossiles à compenser une part croissante de leurs émissions en achetant des quotas à des acteurs « verts ». En 2026, ce quota légal est fixé à 12 %, un niveau record qui explique la remontée des primes.

Concrètement, un propriétaire de véhicule électrique peut monétiser sa consommation annuelle standardisée de 2 000 kWh issue de bornes de recharge privées, en la revendant à un intermédiaire agréé. Trois formules coexistent en 2026 :

  • Garantieprämie (prime garantie) : 380 euros, montant fixe et sécurisé.
  • Expressprämie (prime express) : 330 euros, versés en moins de sept jours.
  • Risikoprämie (prime risque) : jusqu'à 400 euros, indexée sur le prix de marché du quota carbone.

Important : les véhicules hybrides rechargeables (PHEV), à hydrogène et au gaz naturel sont explicitement exclus du dispositif. Seuls les véhicules 100 % électriques sont éligibles. Avec environ deux millions de voitures particulières électriques immatriculées en Allemagne, le volume financier en jeu est considérable.

Suisse : ce que ça change pour vos véhicules professionnels

La Suisse ne dispose pas d'un mécanisme THG à proprement parler, mais l'écosystème d'aides à l'électromobilité professionnelle n'en est pas moins substantiel. Pour un gestionnaire de flotte ou un artisan qui franchit le pas, les leviers financiers se cumulent :

  • Bonus cantonaux à l'achat : jusqu'à 3 000 CHF dans les cantons de Vaud et Genève, 2 000 CHF à Berne. Sur une flotte de dix véhicules, cela représente entre 20 000 et 30 000 CHF d'économies directes.
  • Exonération ou réduction de l'impôt sur les véhicules : selon les estimations, cette mesure peut représenter plusieurs centaines de francs d'économies par véhicule et par an selon le canton.
  • Prix à l'achat compétitifs : le franc fort rend les véhicules électriques importés de la zone euro structurellement moins chers pour les acheteurs suisses, un avantage TCO (Coût Total de Possession) souvent sous-évalué.
  • Infrastructure favorable : le réseau SwissCharge, EVPASS et les initiatives privées offrent une densité de recharge suffisante dans les grandes agglomérations pour envisager séreinement une flotte 100 % électrique.

À l'horizon 2030, la Confédération vise 50 % de nouveaux véhicules électriques dans les immatriculations. Les entreprises qui anticipent dès aujourd'hui bénéficient d'un avantage concurrentiel et évitent une transition forcée à coût élevé.

TCO : l'électrique est-il réellement rentable pour une flotte suisse ?

La question du coût total de possession reste centrale pour toute décision d'entreprise. L'exemple allemand montre qu'un véhicule électrique peut générer des revenus passifs — jusqu'à 400 euros par an — simplement grâce à sa valeur carbone. En Suisse, sans ce mécanisme direct, la rentabilité repose sur d'autres piliers :

  • Coût énergétique : l'électricité reste significativement moins coûteuse que le diesel ou l'essence au kilomètre, même en intégrant les tarifs suisses.
  • Entretien réduit : absence de vidanges, moins de pièces d'usure, coûts de maintenance estimés en baisse de 30 à 40 % selon les constructeurs.
  • Valorisation de l'image : dans un contexte de marchés publics et d'appels d'offres privés, une flotte verte constitue un argument différenciant concret.

Le modèle THG allemand illustre une tendance de fond : la valeur carbone d'un véhicule électrique va progressivement devenir un actif financier à part entière. Les entreprises suisses ont tout intérêt à surveiller l'évolution du cadre réglementaire fédéral en la matière.

Ce qu'il faut faire maintenant

Pour toute PME ou artisan basé en Suisse, trois actions concrètes s'imposent dès aujourd'hui :

  • Auditer votre flotte actuelle et identifier les véhicules éligibles aux bonus cantonaux lors du prochain renouvellement.
  • Comparer le TCO sur 5 ans en intégrant les aides disponibles dans votre canton, les économies de carburant et la fiscalité réduite sur les véhicules.
  • Suivre l'évolution du cadre fédéral suisse : si un mécanisme similaire à la THG-Quote devait être introduit dans le cadre des objectifs CO₂ 2030, les premiers adoptants seraient les mieux positionnés pour en bénéficier.

L'Allemagne montre la voie : électrifier une flotte ne se limite plus à réduire les émissions. C'est aussi une décision financière de plus en plus défendable — et bientôt incontournable.

D'après Elektroauto News CH