Milence vient d'ouvrir un site de recharge dédié aux camions électriques sur l'autoroute allemande, près de Kassel-Lohfelden. Pour l'illustrer, quatre constructeurs majeurs — Daimler Truck, MAN, Volvo Trucks et Renault Trucks — ont conjointement démontré la faisabilité d'un trajet de 1 000 km entre Paris et Berlin en véhicules électriques. Pour les transporteurs et gestionnaires de flottes français, ce signal est fort : l'infrastructure longue distance commence à exister.

Un corridor transeuropéen qui démarre concrètement

L'événement organisé par Milence n'est pas un simple coup de communication. Il marque une étape opérationnelle : un itinéraire de 1 000 kilomètres entre Paris et Berlin a été parcouru avec des poids lourds 100 % électriques issus de quatre marques différentes, sur une même infrastructure de recharge. C'est précisément ce type de validation interopérable qui manquait encore au secteur.

La nouvelle aire de Kassel-Lohfelden constitue un maillon central de ce corridor. Kassel se situe à mi-chemin entre la frontière franco-allemande et Berlin, ce qui en fait un point stratégique pour les transporteurs français opérant sur les axes vers l'Allemagne, la Pologne ou les pays scandinaves. La présence simultanée de Renault Trucks — constructeur à forte implantation en France — aux côtés de Daimler, MAN et Volvo envoie un message clair sur la maturité des véhicules disponibles dès aujourd'hui.

TCO et compétitivité : ce que les chiffres disent aux flottes françaises

Pour un gestionnaire de flotte français, la question centrale reste celle du coût total de possession (TCO). Un camion électrique de classe longue distance affiche encore un surcoût à l'achat par rapport à son équivalent diesel — selon les estimations du marché, cet écart peut représenter entre 30 % et 50 % selon les motorisations et configurations. Mais plusieurs leviers français réduisent significativement cet écart :

  • Suramortissement à 40 % sur les véhicules propres en entreprise (base plafonnée à 30 000 €) : un avantage fiscal immédiat sur le bilan.
  • Bonus écologique jusqu'à 9 000 € pour les entreprises (sous conditions), cumulable avec d'autres dispositifs.
  • Taxe annuelle sur les émissions CO₂ (ex-TVS) : les véhicules émettant moins de 20 g/km bénéficient d'un avantage fort et récurrent, qui s'accumule chaque année d'exploitation.
  • Certificats d'Économie d'Énergie (CEE) : ils permettent de financer partiellement l'installation de bornes de recharge en dépôt, réduisant le coût d'infrastructure propre.

Sur un horizon de 5 ans, et en intégrant la différence de coût énergétique entre le gazole et l'électricité (selon les estimations actuelles du marché), le TCO d'un poids lourd électrique devient de plus en plus compétitif — particulièrement pour les flottes réalisant des distances régulières et prévisibles sur des axes balisés.

France : ce que ça change pour vos opérations

L'ouverture de ce corridor européen intervient dans un contexte réglementaire français en pleine accélération. Les Zones à Faibles Émissions mobilité (ZFE-m) sont désormais actives dans 43 agglomérations françaises, dont Paris, Lyon et Marseille. L'exclusion progressive des véhicules Crit'Air 3 et au-delà concerne directement les camions de livraison urbaine, mais aussi les tracteurs effectuant des tournées en zone dense. Anticiper le passage à l'électrique, c'est sécuriser l'accès aux zones où se concentrent souvent les clients finaux.

Par ailleurs, la démonstration Paris-Berlin impliquant Renault Trucks est un signal concret pour les PME françaises du transport : des véhicules accessibles via les réseaux de distribution nationaux sont désormais validés sur des distances significatives. Cela réduit l'un des principaux freins à l'adoption, à savoir l'incertitude sur l'autonomie réelle en conditions de charge et de relief.

Pour les artisans et PME réalisant des trajets régionaux ou nationaux, le leasing social (à partir de 100 €/mois pour les ménages modestes) reste réservé aux véhicules particuliers — mais il illustre la dynamique politique favorable à l'électrification, qui se traduit aussi côté professionnel par des offres de financement en évolution rapide.

Ce que vous devriez faire dès maintenant

Ne pas attendre que l'infrastructure soit parfaite pour engager la réflexion. Les axes Paris-Strasbourg-Allemagne disposent aujourd'hui de jalons de recharge suffisants pour des opérations planifiées. Voici les actions concrètes à enclencher :

  • Cartographier vos tournées sur les corridors couverts (dont l'axe vers Kassel et Berlin) pour identifier les trajets électrifiables dès maintenant.
  • Consulter votre conseiller fiscal pour optimiser le suramortissement et le bonus entreprise sur un premier véhicule pilote.
  • Solliciter une étude CEE auprès d'un opérateur agréé pour financer vos bornes de dépôt avant que les enveloppes disponibles ne se réduisent.
  • Contacter Renault Trucks ou Volvo Trucks France pour des essais sur vos propres itinéraires — les deux marques proposent des programmes d'accompagnement à l'électrification de flotte.

La route vers la décarbonation du transport routier n'est plus une promesse lointaine. Elle passe désormais, concrètement, par Kassel.

D'après Electrive EU (BE)